Entre Alger et Washington, le partenariat se consolide autour d’intérêts convergents, sans remise en cause de la politique d’équilibre et de diversification des relations extérieures de l’Algérie.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé la disponibilité de l’Algérie à maintenir et à développer ses relations avec les États-Unis, au même titre que ses liens avec la Russie et la Chine.
Lors de sa dernière rencontre périodique avec les représentants de la presse nationale, il a souligné que l’Algérie n’avait de problème avec aucun pays, réaffirmant ainsi une ligne diplomatique fondée sur le dialogue, l’ouverture et la préservation des intérêts nationaux.
«L’Algérie n’a de problème avec personne», a-t-il notamment déclaré, en évoquant les relations de l’Algérie avec les grandes puissances.
Cette approche rejoint les conclusions d’une analyse stratégique britannique publiée en mars dernier par Manara Magazine, sous le titre «Why the United States Should Let AlgeriaStayApart». L’étude estime que la valeur stratégique de l’Algérie pour Washington tient précisément à sa distance diplomatique et à son non-alignement.
Selon cette analyse, les États-Unis auraient intérêt à considérer l’Algérie non pas comme un allié traditionnel, mais comme un pôle de stabilité autonome en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et au Sahel. Une lecture qui met en avant la spécificité du positionnement algérien : une politique étrangère reposant sur la diversification des partenariats et le refus de dépendre d’une seule puissance.
L’équilibre comme ligne diplomatique
L’Algérie ne dépend pas de l’aide américaine, n’accueille pas de bases militaires américaines et reste à l’écart des principaux dispositifs sécuritaires pilotés par Washington. Cette autonomie constitue, selon l’étude, l’un des éléments qui donnent à la relation algéro-américaine son caractère particulier.
Pour autant, la distance stratégique n’a pas empêché le développement de relations «stables et pragmatiques» au fil des différentes administrations américaines. Plusieurs intérêts convergent, notamment dans les domaines de l’énergie, de la sécurité régionale et de la lutte contre le terrorisme.
Le contexte sahélien renforce cette convergence. Face à la dégradation de la situation sécuritaire dans la région, l’Algérie dispose d’une expérience et d’une connaissance du terrain qui en font un interlocuteur recherché par Washington. La coopération sécuritaire constitue ainsi l’un des piliers du dialogue bilatéral.
Washington considère Alger comme un partenaire important
Les États-Unis considèrent aujourd’hui l’Algérie comme un partenaire important dans la promotion de la sécurité régionale, notamment dans la lutte contre le terrorisme et la stabilisation du Sahel.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le dialogue sécuritaire entre les deux pays s’est considérablement développé. Des rencontres régulières de haut niveau permettent d’aborder les questions liées à la lutte antiterroriste, à la sécurité régionale et à l’évolution de la situation au Sahel.
La coopération militaire constitue également un volet important de cette relation. Les échanges entre responsables militaires algériens et américains se sont multipliés ces dernières années, notamment dans le cadre des contacts avec l’Africom. La participation d’une unité d’élite des forces navales algériennes aux manœuvres maritimes Express Phoenix, organisées l’été dernier en Tunisie, illustre cette évolution.
Les visites du général américain Michael Langley en Algérie constituent également un indicateur de l’intensification du dialogue militaire. Il est venu à plusieurs reprises en Algérie depuis 2020, dont deux visites en juillet 2024 et janvier 2025.
L’énergie au cœur des échanges
Sur le plan économique, la relation repose également sur une logique d’intérêts mutuels. Les hydrocarbures occupent une place importante dans les échanges bilatéraux, alors que les entreprises américaines continuent de manifester un intérêt pour le marché algérien.
Selon les données communiquées par la partie américaine, plus de 120 entreprises américaines sont actuellement actives en Algérie, tandis que d’autres étudient de nouvelles opportunités d’investissement.
L’énergie demeure naturellement au centre de cette relation, mais les perspectives de coopération dépassent désormais le seul secteur des hydrocarbures. Les mines, l’industrie et l’agriculture figurent parmi les domaines susceptibles d’élargir le partenariat.
L’ouverture du marché algérien aux vaches laitières américaines et au matériel génétique bovin constitue, à cet égard, un nouveau point d’appui pour la coopération agricole entre les deux pays.
Une relation appelée à évoluer sans alignement
Le rapprochement entre Alger et Washington ne signifie donc pas un changement de doctrine diplomatique pour l’Algérie. Il s’inscrit plutôt dans une stratégie plus large de diversification des partenariats, dans laquelle les relations avec les États-Unis peuvent coexister avec celles entretenues avec Moscou, Pékin et d’autres puissances.
Le message porté par le président Tebboune s’inscrit dans cette logique : maintenir des relations de coopération avec les grandes puissances tout en préservant la liberté de décision et les intérêts souverains de l’Algérie.
Entre Alger et Washington, le pragmatisme apparaît ainsi comme le principal dénominateur commun : coopérer là où les intérêts convergent, tout en conservant la liberté de ne pas s’aligner.
H.Adryen
