Plusieurs décrets seront prochainement publiés afin d’actualiser le cadre réglementaire régissant la profession de pharmacien, a annoncé, ce lundi à Alger, le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Ait Messaoudene qui a souligné que cette démarche intervient pour accompagner l’évolution des pratiques de santé et renforcer la responsabilité des professionnels de ce secteur.
Le ministre s’exprimait dans une allocution prononcée à l’occasion de l’ouverture de la 2e édition de la Conférence internationale de la pharmacie, qu’il a présidée conjointement avec le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, organisé par le Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens d’Algérie (CNOPA), en présence du président de l’Inter Ordre des Pharmaciens d’Afrique (IOPA), Mustapha Laroussi, de représentants d’organisations onusiennes, de parlementaires, de représentants du corps diplomatique accrédité, de responsables d’organisations professionnelles, ainsi que de professeurs algériens et étrangers.
Dans ce cadre, M. Ait Messaoudene a précisé que son département ministériel avait élaboré un projet de décret exécutif fixant les conditions et modalités de prescription des produits pharmaceutiques, lequel «consacre un cadre plus clair pour réglementer la prescription et la dispensation et rationaliser l’utilisation des médicaments».
Le ministre a ajouté à ce propos que « ce décret a été approuvé par le Conseil des ministres et se trouve actuellement en phase de finalisation des procédures de sa publication au Journal officiel (JO).
Par ailleurs, le ministère de la Santé, en coordination avec les secteurs et organismes concernés, a élaboré un autre projet de décret exécutif fixant les caractéristiques techniques des compléments alimentaires destinés à la médecine humaine, « approuvé par le Conseil des ministres et actuellement en cours de publication au JO», a fait savoir M. Ait Messaoudene, précisant que ce nouveau texte consacre la dispensation de ces produits exclusivement par le pharmacien, afin de garantir l’orientation du consommateur vers une utilisation appropriée, de renforcer leur sécurité et leur qualité et de réduire les risques liés à leur usage anarchique ou excessif.
Ce décret représente, ajoute M. Ait Messaoudene, «une étape importante vers la mise en place d’un cadre national moderne encadrant les compléments alimentaires, en adéquation avec les références et normes internationales et contribuant à renforcer la protection du consommateur».
Concernant la deuxième édition de la Conférence internationale de la pharmacie, organisée sous le slogan «Souveraineté nationale, ouverture africaine pour une santé durable», le ministre a indiqué que ce slogan «résume les enjeux majeurs dépassant les limites de la pratique pharmaceutique pour toucher au cœur de la sécurité sanitaire nationale et à l’avenir du système de santé dans son environnement continental».
Il a estimé, dans ce cadre, que «la construction de cette souveraineté ne signifie pas le repli sur soi, mais requiert une ouverture consciente et active sur notre environnement, en particulier sur notre espace africain, une ouverture que nous souhaitons fondée sur l’échange d’expertises, le développement des compétences, l’encouragement de la recherche scientifique et le renforcement de la coopération dans les domaines de la réglementation, du contrôle et de la production pharmaceutique, contribuant ainsi à la construction de capacités sanitaires communes à l’échelle du continent».
Après avoir rappelé la place qu’occupe la profession de pharmacien dans le système national de santé, le ministre a souligné que la mise en place d’un système efficace et durable nécessite une planification fondée sur une connaissance précise des besoins et de leur répartition à l’échelle nationale.
Préparation d’une carte sanitaire nationale
Dans ce cadre, le ministère de la Santé œuvrera «à l’élaboration de la carte sanitaire nationale, à son développement et à sa mise à jour permanente, de manière à assurer l’adéquation de l’offre de soins avec les besoins réels de la population, à rapprocher les services de santé du citoyen et à renforcer l’équité territoriale dans leur répartition», a-t-il précisé.
Cette carte couvrira les différentes composantes du secteur de la santé, notamment le réseau des pharmacies et les laboratoires d’analyses médicales, en tant que structures essentielles de proximité sanitaire, a précisé le ministre.
Elle constituera également un outil permettant d’orienter la répartition équitable et équilibrée des capacités sanitaires nationales, en équipements médicaux et en ressources humaines, en fonction des besoins réels de chaque région, contribuant ainsi à garantir la qualité des soins et à assurer l’équité dans l’accès aux services de santé sur l’ensemble du territoire national, a-t-il ajouté.
De son côté, le ministre de l’Industrie pharmaceutique a mis en avant l’importance de la coopération pharmaceutique africaine et du rapprochement réglementaire entre les pays, faisant état d’un travail en cours pour concrétiser le projet de plateforme pharmaceutique stratégique africaine (HUB) en Algérie, afin d’alimenter les pays africains en médicaments et produits de santé essentiels, notamment les vaccins, tout en renforçant la coopération Sud-Sud et la sécurité sanitaire du continent.
Dans ce contexte, M. Kouidri a indiqué que l’Algérie œuvre, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à promouvoir son système national de contrôle et de régulation pharmaceutique au niveau de maturité 3 (Maturity Level 3), soulignant que le CNOPA est «un partenaire essentiel dans la régulation de la profession, l’ancrage de son éthique et le renforcement de la qualité et de la sécurité des pratiques pharmaceutiques».
Le tissu national de l’industrie pharmaceutique compte actuellement près de 230 entreprises, tandis que la valeur de la production pharmaceutique a atteint 4,9 milliards USD en 2025, la production nationale couvrant 82 % des besoins du marché en valeur, avec un taux de fabrication intégrée (Full Process) de 95 %, selon les données présentées par le ministre.
Lors d’une intervention durant les travaux du congrès, le président du CNOPA, Noureddine Mettioui, a assuré que l’Algérie dispose d’une base pharmaceutique solide lui permettant d’élargir son rôle pour englober la production, le transfert de technologie, la formation, la recherche et l’échange d’expertises avec les pays africains.
Pour sa part, le président de l’IOPA a estimé que le continent possède tous les atouts nécessaires pour relever le défi de la souveraineté sanitaire, grâce notamment à une population jeune, des compétences scientifiques, d’importantes ressources naturelles ainsi qu’une volonté politique, appelant à transformer ces potentialités en capacités industrielles, à l’instar du modèle développé par l’Algérie.
R.E
