Le chiffre donne à lui seul la mesure de l’opération : 10.402.700 comprimés de prégabaline et 33,4 kg de cocaïne saisis. Derrière ce bilan se dessine la réalité d’un trafic de stupéfiants de plus en plus structuré, s’appuyant sur des réseaux organisés, des relais à l’étranger et d’importants moyens logistiques et financiers.
L’opération menée par le Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (SCLTIS) de la Sûreté nationale a permis de démanteler une partie importante de cette organisation. Au total, 50 individus ont été identifiés, dont 25 arrêtés et placés en détention provisoire, selon les éléments communiqués par le parquet de la République près le pôle pénal national spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée près le tribunal de Sidi M’hamed.
Cette affaire figure parmi les opérations les plus importantes réalisées récemment par les services de sécurité dans le cadre de la lutte contre le trafic de psychotropes et de drogues dures.
Une enquête entamée en janvier
L’opération est l’aboutissement de plusieurs mois de travail de renseignement. Selon la DGSN, les investigations engagées en janvier 2026 ont permis aux enquêteurs du SCLTIS d’identifier les membres d’un réseau international actif notamment dans l’ouest du pays, ainsi que ses itinéraires d’approvisionnement et ses différents relais.
Les enquêteurs ont également identifié, selon la même source, des individus présentés comme des barons de la drogue marocains et leurs complices, recherchés par la justice algérienne. Le réseau aurait disposé de relais à Dubaï, notamment pour la gestion et le transfert des fonds issus de l’activité criminelle, ainsi que de complices établis en France.
Ces éléments mettent en évidence une organisation reposant sur une répartition des tâches entre plusieurs territoires, allant de l’approvisionnement au transport, en passant par le stockage, le financement et la distribution.
L’Algérie, une cible
Au-delà de cette seule affaire, les éléments révélés par les enquêtes récentes montrent que l’Algérie est de plus en plus convoitée par des réseaux internationaux de narcotrafic. La présence de ramifications étrangères dans plusieurs dossiers, l’importance des cargaisons saisies et la sophistication des moyens mobilisés, témoignent de l’intérêt porté par ces organisations au marché et aux axes de circulation passant par l’Algérie.
L’affaire traitée par le SCLTIS illustre cette dimension. Les connexions évoquées par les autorités avec plusieurs pays montrent que certains réseaux ne fonctionnent plus à partir d’un seul territoire. Ils peuvent organiser l’approvisionnement, le financement, le transport et la distribution à travers plusieurs pays, en s’appuyant sur des intermédiaires spécialisés.
Cette menace dépasse ainsi la seule question du trafic de rue et impose une réponse fondée sur le renseignement, le démantèlement des structures criminelles, le suivi des flux financiers et la coopération judiciaire internationale.
Des interpellations dans cinq wilayas
Après avoir identifié les membres du réseau et suivi les itinéraires empruntés par les cargaisons provenant des wilayas du Sud, les enquêteurs ont procédé à des interpellations coordonnées à Oran, Tizi Ouzou, Alger, Blida et Tipasa, avec l’appui du Groupement des opérations spéciales de la police (GOSP).
Vingt-cinq membres présumés de l’organisation ont été arrêtés, dont une femme et un ressortissant étranger. Vingt-cinq autres personnes, de nationalités algérienne, marocaine et néerlandaise, ont été identifiées mais demeuraient en fuite au moment de l’annonce des autorités judiciaires.
Le dispositif logistique du réseau a également été ciblé. Les policiers ont saisi 19 véhicules, dont un camion semi-remorque citerne et trois motocyclettes, ainsi que plus de 1,5 milliard de centimes présentés comme provenant des revenus de l’activité criminelle.
Des quantités considérables de drogue
La saisie constitue l’un des principaux éléments de cette affaire. Les 10.402.700 comprimés de prégabaline représentent une quantité considérable destinée, selon les autorités, aux circuits illicites de distribution. À cela s’ajoutent 33,4 kilogrammes de cocaïne.
La valeur marchande de l’ensemble des produits saisis est estimée par la DGSN à près de 1.000 milliards de centimes.
L’enquête met également en lumière l’importance du volet financier dans le fonctionnement des organisations criminelles. Le trafic ne repose pas uniquement sur l’acheminement des stupéfiants : il implique également des transferts de fonds, des intermédiaires et des mécanismes destinés à dissimuler l’origine des revenus.
Le parquet a ainsi retenu, parmi les faits poursuivis, le blanchiment d’argent dans le cadre d’une organisation criminelle.
L’approche adoptée par les enquêteurs consiste, dès lors, à dépasser la seule saisie des produits pour remonter la chaîne de commandement, identifier les financeurs et retracer les flux financiers générés par le trafic.
Un réseau aux ramifications internationales
La dimension transfrontalière constitue l’un des principaux enseignements de cette affaire. Les éléments communiqués par les autorités font état de connexions avec le Maroc, les Émirats arabes unis et la France, illustrant la capacité des réseaux de narcotrafic à s’appuyer sur des relais implantés dans plusieurs pays.
Cette configuration complique considérablement le travail des services de sécurité, qui doivent agir simultanément sur les volets du renseignement, de l’enquête judiciaire et du suivi financier.
Le démantèlement de ce type de réseau repose ainsi sur une combinaison de moyens : identification des membres, surveillance des itinéraires, interception des cargaisons, saisie des moyens logistiques et financiers et, lorsque cela est nécessaire, coopération avec les autorités étrangères.
L’opération du SCLTIS illustre cette évolution de la lutte contre le narcotrafic en Algérie : au-delà de la saisie des stupéfiants, c’est toute une organisation, ses relais, ses moyens et ses circuits financiers qui sont désormais ciblés.
Assia M.
