Les résultats provisoires des élections législatives du 2 juillet dernier, dévoilés lundi par le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), Karim Khelfane, font état d’un taux de participation de 21,24%.
Un taux diversement apprécié par les observateurs. Pour le politologue Abdelkader Soufi, «l’Algérien est généralement très politisé. Seulement, quand 80% des électeurs se sont abstenus de voter, vous vous posez des questions».
Invité, hier, de l’émission
«L’invité du jour» de la Radio nationale de la Chaîne III de la Radio nationale, Abdelkader Soufi, a expliqué que l’analyse des différentes élections législatives fait ressortir que le corps électoral réel en Algérie, c’est-à-dire les citoyens qui se déplacent pour voter, se situe entre 4 et 5 millions de personnes. Cela représente entre 20 et 25 % du corps électoral.
Le politologue a indiqué qu’il s’agit d’une partie de l’électorat qui participe systématiquement aux scrutins. Le reste des électeurs se répartit, selon lui, en plusieurs catégories. Une première catégorie est très active. «C’est ce qu’on appelle la participation passive», a-t-il indiqué. Ils sont très présents sur les réseaux sociaux et dans les débats publics, mais ne franchissent pas le dernier pas, celui d’aller voter.
Une autre catégorie considère que le pouvoir se situe davantage au niveau local qu’au niveau national. Ces citoyens préfèrent voter pour un P/APC plutôt que pour un député, ce qui explique, selon lui, des taux de participation généralement plus élevés lors des élections locales.
Enfin, il existe une autre catégorie qui s’oppose au système politique, qui n’a pas confiance en lui et qui n’est pas convaincue par le discours politique actuel.
Beaucoup de choses à faire
Au-delà de cette cartographie de l’électorat, Abdelkader Soufi a pointé du doigt l’action des partis politiques qui, selon lui, ne jouent pas pleinement leur rôle.
Le politologue a souligné qu’un parti politique ne doit pas apparaître uniquement à l’approche des élections pour présenter un programme. Selon lui, cette pratique crée un fossé entre les partis et les citoyens.
D’après son constat, les formations politiques souffrent d’un déficit d’action et d’une insuffisance dans leur approche visant d’abord à expliquer leurs programmes, puis à attirer cette importante masse d’électeurs indécis.
Pour lui, un parti politique doit, en principe, effectuer un travail de proximité tout au long de l’année.
Abdelkader Soufi a également déploré l’absence de convergence entre le volet théorique, représenté par l’élite et l’Université, et le volet empirique, incarné par les partis politiques. «Il y a beaucoup de choses à faire dans ce sens-là», a-t-il affirmé.
Rehausser le discours politique
De son côté, le professeur en sciences politiques et relations internationales Idriss Attia a affirmé qu’il ne s’agit pas de justifier ce taux de participation, mais plutôt de le comprendre et de l’expliquer.
Invité, le même jour, de l’émission «L’invité du matin» de la Radio Chaîne I, Idriss Attia a souligné qu’«il y a un recul du taux de participation», mais que cette tendance est également observée dans plusieurs grandes démocraties à travers le monde, où l’intérêt des citoyens se concentre davantage sur l’élection présidentielle.
Dans le contexte algérien, le professeur a précisé qu’il ne faut pas parler de boycott, mais plutôt d’abstention d’une partie de la société qui se sent éloignée du paysage politique.
Au lieu de se focaliser uniquement sur le taux de participation, Idriss Attia a préféréévoquer la crédibilité du scrutin. Selon lui, ce taux reflète l’existence d’un bloc électoral conscient, éloigné de la politique des quotas, ce qui renforcerait la crédibilité de l’élection.
Il estime également que ce résultat traduit, sur le plan social, l’intérêt d’une partie de la population aux résultats concrets et aux réalisations sur le terrain davantage que pour l’acte électoral lui-même.
Idriss Attia a indiqué que ce taux constitue un message adressé aux partis politiques afin qu’ils rehaussent leur discours. «Les partis sont dans l’obligation de moderniser leur discours politique et leurs outils pour convaincre et attirer les citoyens. Il faut dépasser le discours de circonstance. Les partis doivent avoir des programmes convaincants», a-t-il affirmé.
Place aux compétences
Au-delà de la participation électorale, Idriss Attia a indiqué que la configuration issue de cette élection tend vers une majorité présidentielle élargie, davantage fondée sur un programme, ce qui faciliterait l’action de l’Exécutif et assurerait une harmonie avec le programme du président de la République.
Le même optimisme est exprimé par Abdelkader Soufi qui, évoquant les 128 jeunes et les 312 universitaires intégrant le Parlement, a estimé que la place a été donnée aux jeunes compétences.
«Il y a cette conjugaison de l’âge, de l’énergie, mais aussi du savoir et de la capacité», a-t-il déclaré.
Abdelkader Soufi a souligné que beaucoup d’attentes reposent désormais sur ces nouveaux élus, d’autant plus que le président de la République «a placé la barre haut en ouvrant le champ à tous ces jeunes et à tous ces intellectuels pour participer à la prise de décisions».
Ils sont désormais engagés directement dans l’action de l’État.
S. Smati
