La visite de Patrick Martin, président du Medef, s’achève finalement aujourd’hui après cinq jours de rencontres avec les entrepreneurs français implantés en Algérie et leurs partenaires algériens du Conseil du renouveau économique algérien (CREA).
La visite, qui devait durer deux jours (jeudi et vendredi), a finalement été prolongée de trois autres jours. Même si rien n’a filtré de ces rencontres, quelques indiscrétions font état de plusieurs rencontres avec des chefs d’entreprises françaises installées en Algérie et des Algériens en plus des discussions avec les responsables du CREA et des membres du gouvernement. Samedi dernier, il a rencontré des chefs d’entreprises algériens et français.
Ce déplacement, effectué à l’invitation du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), s’est transformé en un véritable marathon technique, où des dossiers industriels et énergétiques ont été âprement discutés.
Le patron du Medef, accompagné de Yannick Morillon, président du Conseil d’affaires algéro-français au sein de Medef International, a plaidé pour une approche pragmatique, affirmant que «le marché algérien et le besoin de sécurité énergétique de la France, lié notamment aux tensions régionales en Iran, imposent une réconciliation par les projets».
Le président du Medef a été reçu en audience vendredi par le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir. Cette rencontre a permis de «lever les ambiguïtés» sur la nouvelle orientation économique algérienne, à savoir procéder à un engagement réel dans la production locale et le transfert technologique.
Les dossiers de Renault et CMA CGM sur la table
Au cours de cet entretien, les deux parties ont abordé le dossier de la relance de l’usine Renault à Oran, dont le redémarrage est désormais conditionné à un taux d’intégration locale important, incluant la fabrication de composants moteurs.
Après la fermeture en 2020 liée à de nouvelles réglementations, l’usine attend le feu vert officiel pour reprendre la production, malgré des dépôts de dossiers de demande d’agrément en 2023 et 2025. Les autorités algériennes exigent un meilleur taux d’intégration locale, au-delà du simple assemblage SKD, pour renouveler les autorisations. Le redémarrage de l’usine est un test pour les relations industrielles entre l’Algérie et la France, avec des discussions sur la modernisation des installations et le maintien de l’emploi.
Le Medef a, par ailleurs, accepté le principe de «fabriquer en Algérie pour exporter vers l’Afrique», s’appuyant sur les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Le ministre a également insisté sur la nécessité pour les groupes français de «s’aligner sur la stratégie nationale de substitution aux importations, notamment dans la mécanique et l’agro-industrie».
Autre dossier abordé, la logistique maritime. Cette question a aussi occupé une place centrale, avec des pourparlers concernant l’extension des activités de CMA CGM dans les discussions étant donné que les ports nationaux sont un levier jugé essentiel pour «faciliter les exportations algériennes hors hydrocarbures». En juin 2025, le patron de CMA CGM Rodolphe Saadé avait ainsi rendu visite au président Tebboune.
Il avait annoncé d’importants investissements, chiffrés en milliards d’euros à moyen terme, pour moderniser les infrastructures portuaires et logistiques en Algérie. Ces projets visent la concession et la gestion de terminaux à conteneurs (dont Oran, Djen Djen, Skikda) et la création d’une ligne maritime via la Méridional.
Ces annonces font suite à des discussions entamées début 2024 pour débloquer les activités de l’armateur et aplanir les difficultés opérationnelles dans les ports algériens. Ces projets s’inscrivent dans la volonté de renforcer le partenariat stratégique entre CMA CGM et l’Algérie.
L’approvisionnement en gaz au menu
Les questions énergétiques n’ont pas été en reste. Des «garanties sur l’approvisionnement en gaz ont été discutées en échange d’investissements technologiques français dans la filière de l’hydrogène vert».
Enfin, le domaine de la santé a vu émerger des projets de colocalisation visant à l’extension de la gamme de médicaments produits par Sanofi à Sidi Abdallah (Alger), l’objectif étant de «transformer l’Algérie en une plateforme capable d’irriguer le marché africain».
Avant son déplacement en Algérie, le président du Medef a indiqué à Radio Classique vouloir apporter son aide au rétablissement des relations bilatérales. «On sait très bien qu’il y a un froid. Et le monde des affaires peut contribuer à ce que les relations se détendent, parce que l’Algérie est un partenaire important pour la France d’une manière générale, pour son économie en particulier.
Si je peux apporter ma contribution à cela, ça sera bien», a-t-il déclaré. Selon lui, le Medef va «jouer son rôle en contribuant à ce qu’on renoue avec une relation plus apaisée». Son annonce s’inscrit dans un processus de dégel progressif des relations entre la France et l’Algérie.
H. Adryen
