L’objectif est de garantir une gestion plus rigoureuse de la dette tout en réservant ces financements aux projets stratégiques à forte valeur ajoutée pour l’économie nationale.
L’Algérie affine davantage sa doctrine en matière de financement extérieur. À travers un nouvel arrêté publié au Journal officiel, les autorités instaurent un cadre juridique précis, confirmant une ouverture prudente et strictement encadrée, réservée aux projets d’intérêt national à forte portée stratégique.
Ce texte, daté du 17 février 2026 (29 chaâbane 1447), vient renforcer les dispositions prévues par la loi de finances 2020, modifiée par celle de 2025. Il détaille concrètement les mécanismes de recours aux financements internationaux, traduisant une volonté claire : concilier les besoins de développement et la préservation de la souveraineté économique.
Au cœur du dispositif, le ministère des Finances se voit attribuer un rôle exclusif et structurant. Selon l’article 2 de l’arrêté, il est chargé de l’ensemble du processus : de la prospection des partenaires financiers à la négociation des prêts, en passant par la soumission des demandes de financement.
Cette centralisation vise à garantir une meilleure cohérence dans la gestion des engagements extérieurs, tout en évitant la dispersion des initiatives et les risques de désalignement stratégique entre institutions.
Des exigences renforcées pour les porteurs de projet
Le texte insiste particulièrement sur la responsabilité des ministères et des institutions publiques concernées. L’article 3 stipule qu’ils engagent leur «entière responsabilité» quant à la maturité des projets proposés ainsi qu’à la qualité des études techniques et économiques.
Ils sont également comptables de l’exécution des projets, avec une obligation de résultat en matière de respect des coûts, des délais et des objectifs fixés. Une disposition qui traduit une volonté de rigueur accrue, dans un contexte où les financements extérieurs doivent être mobilisés avec parcimonie.
Maîtrise de l’endettement
L’une des mesures les plus structurantes figure à l’article 4 : tout recours au financement extérieur est conditionné à une autorisation préalable du Conseil des ministres. Cette autorisation n’intervient qu’après validation du projet par les instances compétentes du bailleur de fonds, introduisant ainsi un double niveau de contrôle, à la fois technique et politique.
Ce mécanisme confirme la sensibilité du sujet pour les autorités, qui entendent garder la maîtrise totale sur toute forme d’endettement extérieur.
Entre prudence et pragmatisme
En précisant les modalités d’application de l’article 108 de la loi de finances 2020 et de l’article 201 de la loi de finances 2025, l’arrêté consolide une doctrine déjà esquissée ces dernières années : limiter le recours à l’endettement extérieur aux seuls projets structurants à forte valeur ajoutée pour l’économie nationale.
Cette orientation s’inscrit dans un contexte international marqué par les effets parfois lourds de la dette sur les économies émergentes. L’Algérie, qui demeure l’un des pays les moins endettés, cherche ainsi à préserver cette position tout en s’autorisant une ouverture ciblée pour financer des projets de long terme.
Une stratégie déjà à l’œuvre
Cette approche commence à se traduire sur le terrain. Le financement récemment approuvé par la Banque africaine de développement pour la ligne ferroviaire Laghouat–Ghardaïa–El Menia illustre cette nouvelle dynamique : des projets structurants, adossés à des partenaires internationaux, mais dans un cadre strictement contrôlé.
Avec ce nouvel arrêté, Alger franchit une étape supplémentaire dans la formalisation de sa stratégie financière : une ouverture assumée, mais sous haute surveillance, au service d’un développement maîtrisé et souverain.
I. Khermane
