Toute l’Algérie vivra demain un moment historique et exceptionnel avec la venue du pape Léon XIV, une visite qui s’étalera jusqu’au 15 avril avec un programme réservé aux grandes personnalités du monde.
Cette visite, qui marquera sans nul doute une relation privilégiée entre l’Algérie et le Vatican, sera marquée à l’arrivée du pape à Alger, d’une cérémonie d’accueil à l’aéroport Houari- Boumediène avant de se rendre ensuite au mémorial du Martyr. Sa première prise de parole publique est prévue au pied du Monument des martyrs, avant une rencontre avec les hautes autorités du pays au centre des conférences de la Grande-Mosquée.
Le pape effectuera une visite de courtoisie au chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, au palais présidentiel, et une rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique. Dans l’après-midi, plusieurs visites sont au programme à la Grande-Mosquée d’Alger, à la basilique Notre-Dame-d’Afrique, mais aussi au centre d’accueil et d’amitié des Sœurs augustines missionnaires à Bab El Oued.
Une célébration eucharistique est prévue avec la communauté chrétienne d’Algérie à la basilique Notre-Dame d’Afrique. Le souverain pontife se rendra également à la chapelle dédiée aux 19 catholiques assassinés durant la décennie noire. Ce geste rappelle la mémoire partagée des victimes et le message de fraternité entre chrétiens et musulmans. Le point d’orgue de cette visite aura lieu le mardi 14 avril à Annaba.
En tant qu’augustinien, Léon XIV effectue un pèlerinage sur les terres de son père spirituel, saint Augustin. Il visitera le site archéologique d’Hippone avant de célébrer une messe solennelle dans la basilique Saint-Augustin. Ce geste fort vient rappeler que le patrimoine d’Augustin, fils de Thagaste (Souk-Ahras), est une fierté partagée par tous les Algériens. Au-delà de la dimension religieuse, cette visite est un signal diplomatique majeur.
En faisant de l’Algérie la première étape de sa tournée africaine, Léon XIV consacre le pays comme un pivot central du dialogue des cultures. En 2013, alors qu’il était prieur général de l’ordre des Augustins, qui se réfère à la règle de Saint-Augustin- l’un des docteurs de l’Église né en 354 à Thagaste, dans le nord-est de l’actuelle Algérie, il s’était déjà rendu dans ce quartier d’Alger. Il avait alors honoré la mémoire de deux religieuses, sœur Esther et sœur Caridad.
Ces augustines espagnoles, issues du même ordre que Léon XIV, font partie des 19 «bienheureux martyrs», des catholiques assassinés durant la décennie noire dont les sept moines trappistes de Tibhirine. «Les deux martyres augustines et les autres sont bien présents dans sa mémoire personnelle», avait résumé le cardinal Jean-Paul Vescon, archevêque d’Alger, 100 jours après l’élection du nouveau pape.
Ces deux augustines missionnaires faisaient «partie de ces innombrables congrégations arrivées en Algérie principalement au service des communautés chrétiennes du temps de la colonisation et dont la mission a radicalement changé à partir de l’indépendance».
Comme les autres membres de leur communauté, sœur Esther et sœur Caridad choisissent pourtant de rester malgré le danger. En 2018, elles sont béatifiées aux côtés des moines de Tibéhirine et de dix autres religieux assassinés par les groupes terroristes, dont l’évêque d’Oran Mgr Pierre Claverie, tué dans l’explosion d’une bombe devant son évêché en 1996.
Consolider les liens d’amitié
A l’annonce de ce déplacement, l’Algérie s’est réjouie dans un communiqué de cette visite qui «permettra de consolider les liens d’amitié, de confiance et d’entente unissant l’Algérie et l’État du Vatican et ouvrira sans nul doute de nouvelles perspectives de coopération, reflétant leur conviction commune quant à la nécessité de bâtir un monde fondé sur la paix et les valeurs du dialogue et de la justice, face aux différents défis actuels auxquels l’humanité est confrontée».
Le 6 avril dernier, le président Tebboune a présidé une séance de travail consacrée aux préparatifs en prévision de la visite du pape Léon XIV en Algérie. Cette étape, l’une des premières du nouveau pontificat, intervient dans un contexte régional marqué par des tensions internationales, et est présentée par les autorités comme un geste en faveur du dialogue et de la paix.
Les observateurs y voient un rappel concret que les échanges entre l’Algérie et le Vatican peuvent contribuer, à leur échelle, à apaiser les fractures mondiales.
H. Adryen
