L’Algérie poursuit sa transformation économique avec l’ambition de bâtir un modèle fondé sur la diversification et la création de richesse durable, loin de la dépendance aux hydrocarbures. Cette orientation stratégique place l’investissement au cœur des priorités nationales.
Invité de l’ENTV, le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache, a présenté les avancées enregistrées dans la mise en œuvre de la nouvelle stratégie nationale d’investissement. Le cap : sortir de la dépendance aux hydrocarbures et bâtir une économie diversifiée, durable et créatrice de richesse.
Placée désormais sous la tutelle directe du Premier ministre, l’AAPI constitue le «bras opérationnel» de l’État en matière d’investissement. «La réforme initiée par le président de la République Abdelmadjid Tebboune vise à améliorer radicalement le climat des affaires», explique Rekkache.
L’Agence centralise désormais l’ensemble des procédures : information des porteurs de projets, gestion des avantages incitatifs, et depuis début 2023, l’attribution exclusive du foncier économique via une plateforme numérique transparente.
Une dynamique en marche
Selon lui, les indicateurs du premier trimestre 2026 témoignent d’une accélération notable : 2 130 projets enregistrés pour un montant global de 629 milliards de dinars, 59 052 postes d’emploi potentiels créés. Depuis le lancement de la nouvelle plateforme, ce sont 21 157 projets totalisant 9 018 milliards de dinars qui ont été enregistrés. «Nous ne nous contentons pas des enregistrements, qui restent des intentions», précise le DG de l’AAPI.
Le suivi est rigoureux : sur les 11 665 projets enregistrés l’an dernier et soumis à l’obligation de déclaration annuelle, 54% sont effectivement en phase de réalisation et 1 364 ont déjà atteint la phase de production.
Lutte contre la bureaucratie et garantie de transparence
La simplification des procédures demeure une priorité absolue. Le guichet unique, longtemps attendu, entre progressivement en vigueur avec la finalisation des textes réglementaires relatifs aux permis de construire et d’exploitation. «L’investisseur doit obtenir ses autorisations en un seul lieu, sans avoir à multiplier les démarches», insiste Omar Rekkache. La transparence est également au cœur du dispositif.
La plateforme numérique d’attribution du foncier économique fonctionne en exclusivité : «Aucun mètre carré de terrain économique, même pour les entreprises publiques, ne peut être attribué en dehors de cette plateforme», rappelle Rekkache.
Une convention de coopération avec la Haute- Autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption vient renforcer ce cadre éthique. Par ailleurs, la Haute-Commission nationale des recours, placée auprès de la présidence de la République, traite les doléances des investisseurs. Sur 189 réclamations examinées depuis le début de l’année, seules 7 ont été jugées fondées, démontrant, selon Rekkache, la rigueur des procédures d’attribution.
Pour accompagner les porteurs de projets sérieux, l’AAPI a mis en place un mécanisme d’approbation bancaire préalable, permettant de sécuriser à la fois l’octroi du foncier et l’engagement financier.
En position de force
Concernant l’attractivité internationale, malgré un contexte mondial complexe, l’Algérie attire. Selon les dernières données citées par le premier responsable de l’AAPI : +18% de croissance des investissements directs étrangers (IDE) en 2025 (CNUCED) ; 2ᵉ place africaine dans le classement mondial de l’attractivité 2025 (146 pays), 339 projets à participation étrangère enregistrés, représentant plus de 12 milliards de dollars d’investissement. «Nos atouts comparatifs, notamment le coût de l’énergie – jusqu’à dix fois inférieur à celui de nombreux pays –, constituent un argument décisif pour les industries énergivores», souligne le DG de l’AAPI.
Développement territorial équilibré
La nouvelle loi d’investissement inscrit le développement régional équilibré comme objectif fondamental. L’AAPI veille à orienter les projets vers les territoires en fonction de leurs spécificités : pôles industriels dans l’Ouest pour l’automobile, agro-industrie dans les Hauts-Plateaux et le Sud, valorisation des ressources locales. Des partenariats avec le ministère de la Formation professionnelle permettent d’anticiper les besoins en compétences : dès l’enregistrement d’un projet, les besoins en formation sont transmis aux structures concernées pour adapter l’offre.
Vers une culture du résultat
«La comparaison ne doit pas se faire entre ce qui est et ce qui était, mais entre ce qui est et ce qui doit être», conclut Omar Rekkache. Si les réformes structurelles et les résultats chiffrés sont encourageants, le chemin reste long pour consolider une culture de l’investissement productif, libérée des logiques spéculatives.
Avec une plateforme numérique exclusive, un guichet unique en cours de déploiement, et une volonté politique affichée au plus haut niveau, l’Algérie dispose désormais des outils pour transformer son potentiel en croissance inclusive et durable. Reste à maintenir le cap, à accélérer la mise en œuvre sur le terrain, et à faire de chaque projet enregistré une réussite concrète pour l’économie nationale.
I. Khermane
