C’est durant le mandat de feu Liamine Zeroual, faut-il le préciser, que la limitation des mandats présidentiels a été actée, à travers la constitution de 1996.
Partisan de l’alternance au pouvoir, bien qu’ayant été à la tête du pays, durant une des périodes les plus difficiles de l’histoire contemporaine de la République algérienne, Zeroual qui jouit d’un respect populaire surtout après son retrait de la vie politique, a pourtant été la «cible» d’une machination qui allait perpétuer le règne sans partage des Bouteflika, mise en branle par Saïd Bouteflika et le général Toufik.
Au plus fort de la contestation populaire du Hirak en 2019, un épisode marquant, resté pour un temps discret, avant d’être révélé au grand jour, illustre les tensions et les luttes d’influence au sommet de l’État algérien: le refus catégorique de l’ancien président Liamine Zeroual de revenir sur le devant de la scène pour diriger une transition politique calculée.
Alors que des millions d’Algériens descendaient dans la rue pour rejeter un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, affaibli par la maladie, le système politique cherchait une issue pour préserver sa continuité.
Dans ce contexte explosif, plusieurs figures de l’ancien régime ont été sollicitées pour incarner une transition contrôlée.
Le général Mohamed Mediène, dit «Toufik», ancien patron du DRS, ainsi que Saïd Bouteflika, frère et conseiller influent du président, avaient en effet approché Liamine Zeroual.
L’objectif était clair : convaincre l’ex-chef de l’État, respecté pour son image d’homme intègre et de patriote, de prendre la tête d’une phase transitoire capable de calmer la rue tout en maintenant l’essentiel du système en place. Mais la réponse de Zeroual fut sans ambiguïté.
Fidèle à la ligne qu’il s’était fixée depuis son départ du pouvoir en 1999, il refusa toute implication dans une manœuvre qu’il percevait comme une tentative de recyclage du régime.
L’ancien président, qui avait quitté ses fonctions de son propre chef en pleine crise sécuritaire, n’a jamais souhaité revenir en politique active. Bien qu’il ait reconnu avoir rencontré Toufik, à la demande de ce dernier, Zeroual dans une réponse aux «supputations» qui allaient bon train à l’époque, rapportée par la presse, avait clairement affirmé son opposition à une telle démarche, exprimant au général Mediene sa «confiance totale dans les millions de manifestants» et rappelant «la nécessité de ne pas entraver la marche du peuple algérien qui a récupéré sa souveraineté».
Son refus a mis en échec cette stratégie. En rejetant toute participation, Zeroual a non seulement refusé de servir de caution à une recomposition interne du régime Bouteflika, mais il a également envoyé un signal politique fort : la crise ne pouvait être résolue par un simple recyclage des élites.
Ce positionnement a indirectement renforcé la légitimité des revendications du Hirak, qui exigeait une rupture réelle avec les pratiques du passé. Il a aussi contribué à isoler les acteurs cherchant à imposer une solution en dehors de la volonté populaire, qui sont par la suite, d’ailleurs passés par la case prison.
Dans un contexte où la rue réclamait la fin du «pouvoir occulte» et le départ de toutes les figures associées au régime, la position de Liamine Zeroual a été perçue par beaucoup comme un acte de cohérence et de respect de la volonté populaire.
Said Mekla
