Le 20 février dernier, le Mali a formellement démenti l’information faisant état du retour de son ambassadeur à Alger.
Pourtant, selon des échos circulant à Bamako, la junte militaire au pouvoir envisagerait réellement de renouer le contact avec Alger, d’après Sahel Intelligence, un site électronique spécialisé dans l’actualité sahélienne.
Ce revirement malien a été provoqué par le rapprochement stratégique entre l’Algérie et les deux autres pays formant l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Niger et le Burkina Faso. Le climat reste tendu depuis le rappel, début avril 2025, de l’ambassadeur malien en Algérie, décidé en coordination avec Niamey et Ouagadougou. En réaction, Alger avait rappelé ses propres ambassadeurs, illustrant une crise qui s’était déjà approfondie au fil des mois précédents. Les positions se sont durcies et les canaux de confiance se sont rétrécis.
En 2026, un retournement s’opère : le Burkina Faso et le Niger ont repris contact avec Alger. Le 12 février dernier, le président Tebboune a ordonné le retour immédiat de l’ambassadeur algérien à Niamey, après la reprise des fonctions du diplomate nigérien à Alger. Dans la foulée, le général Abdourahamane Tiani a effectué une visite de travail les 15 et 16 février en Algérie, marquant une relance de la coopération bilatérale et mettant un terme à la brouille commencée en 2023. Cela pourrait annoncer un apaisement similaire avec le Mali.
Cette dynamique a redonné de la visibilité à l’axe Alger–Niamey. Dans le même temps, une délégation algérienne conduite par le ministre des Hydrocarbures et des Mines a été reçue à Ouagadougou. Des discussions techniques ont été formalisées sur l’énergie, les mines, l’électricité et les approvisionnements pétroliers, avec la signature d’un procès-verbal d’experts. Cette reprise sectorielle traduit une volonté de coopération pragmatique, malgré les turbulences régionales.
Face à ces réajustements, Bamako, qui maintenait jusque-là une ligne de fermeté tout en préservant sa souveraineté et sa sécurité nationale, pourrait se laisser distancer par ses partenaires de l’AES. Les trajectoires désormais différenciées du Niger et du Burkina Faso avec Alger contrastent avec celle du Mali. Une désescalade nécessiterait des gestes réciproques, un dialogue technique sur la sécurité des frontières et, si possible, le recours à des canaux discrets pour éviter les surenchères publiques.
Les relations entre l’Algérie et le Mali traversent une crise diplomatique profonde et inédite en 2025-2026, caractérisée par un gel des relations, la fermeture réciproque des espaces aériens depuis avril 2025 et des accusations mutuelles. L’Algérie considère le Sahel comme une zone tampon cruciale pour sa sécurité et joue un rôle de médiateur dans les crises régionales (Mali, Niger), tout en luttant contre le terrorisme. L’instabilité au sud du Sahara, entre narco-terrorisme et rébellions, influence directement sa politique intérieure et la défense de son territoire.
S’il est aujourd’hui admis que la campagne mondiale contre le terrorisme offre à l’Algérie l’opportunité de s’affirmer comme un acteur majeur et de renforcer son rôle international, l’insertion du Sahel dans cette stratégie globale engendre de nouvelles contraintes. Ainsi s’achemine-t-on vers une régionalisation de la lutte antiterroriste, prolongement de la campagne mondiale.
La question centrale demeure : comment l’Algérie s’adapte-t-elle à cette régionalisation ? Parviendra-t-elle à imposer son rôle dans une région où les luttes d’influence s’intensifient ?
En tant que plus grande puissance territoriale du Maghreb, l’Algérie bénéficie d’un poids géopolitique renforcé par sa stabilité interne et son rôle central dans les mécanismes régionaux de sécurité, notamment via le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), regroupant les forces armées du Mali, du Niger, de l’Algérie et de la Mauritanie. Son rôle de leader en matière de sécurité et de stabilité, aux échelles continentale et internationale, est par ailleurs consolidé par sa présence au Conseil de sécurité de l’ONU et sa participation active au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA).
H. Adryen
