Avec la flambée du prix des hydrocarbures, la peur de l’inflation est de retour sur les marchés.
Alors que l’offensive des États-Unis et de l’État sioniste contre l’Iran se transforme en un conflit régional plus large et menace de bouleverser les approvisionnements mondiaux, il devient de plus en plus évident que c’est l’évolution des marchés pétroliers qui déterminera celle de l’économie mondiale.
La succession des événements ne laisse guère de place à l’optimisme. Entre la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, les attaques contre des infrastructures pétrolières et gazières et la hausse rapide des prix, les marchés craignent désormais une crise énergétique globale si le conflit devait se prolonger.
Prix de l’énergie : orientés à vers la hausse
Les prix du pétrole suivent une courbe ascendante depuis le début du conflit, tandis que le gaz naturel connaît également une forte augmentation. En début de journée hier, le baril de Brent gagnait 2,26% à 83,25 dollars, après avoir dépassé mardi les 85 dollars pour la première fois depuis juillet 2024.
Le baril de West Texas Intermediate (WTI) progressait de 1,96% à 76,02 dollars. WTI et Brent avaient clôturé la veille en hausse de plus de 4%. Certes, la réaction du marché pétrolier reste plus contenue que lors des premières semaines du conflit russo-ukrainien, quand les prix avaient dépassé les 100 dollars le baril, atteignant près de 140 dollars en mars 2022.
Aujourd’hui, la stabilisation du Brent autour de 82 dollars pourrait suggérer un certain apaisement des craintes de perturbation. Mais sur la semaine, le Brent enregistre une hausse cumulée d’environ 15%.
Le pétrole n’est pas le seul à flamber. Les prix de référence du gaz aux Pays-Bas et au Royaume-Uni ont continué d’augmenter pour la deuxième journée consécutive, dépassant 40% mardi. Selon les données de l’ICE, le contrat néerlandais sur le hub TTF a progressé de 18,384 euros pour atteindre 62,755 euros par mégawattheure (MWh), après avoir atteint 63,490 euros/MWh, son plus haut niveau depuis janvier 2023.
Le contrat britannique d’avril a augmenté de 44,36 pence à 158,15 pence par therm. Ces perturbations surviennent à un moment critique pour le marché du gaz naturel : alors que la saison de chauffage touche à sa fin en Asie et en Europe, les stocks sont faibles, en particulier sur le continent européen. Les alternatives sont limitées.
Les États-Unis pourraient accroître leurs exportations de GNL, mais cela ne compenserait pas à court terme l’approvisionnement provenant du Qatar.
Détroit d’Ormuz : blocage sans précédent
Une grande partie des enjeux économiques mondiaux se joue au niveau du détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement par lequel transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux. Le trafic maritime y reste paralysé. Mardi, le président américain Donald Trump avait assuré que la marine des États-Unis pourrait escorter des pétroliers «si nécessaire» à travers le détroit. Mais cette position se heurte aux Gardiens de la révolution, qui affirment contrôler totalement le détroit.
«Actuellement, le détroit d’Ormuz est sous le contrôle total de la marine de la République islamique», a déclaré Mohammad Akbarzadeh, haut responsable des forces navales des Gardiens, cité par l’agence Fars. Selon plusieurs comptes-rendus de presse, plus de 3 000 navires étaient bloqués mardi de part et d’autre du détroit.
Marchés financiers : l’incertitude domine
Ces développements maintiennent une forte volatilité sur les marchés énergétiques, alimentant les craintes d’inflation et accentuant les freins à la croissance mondiale.
La flambée des prix de l’énergie ravive la crainte qu’une guerre, même localisée, puisse affecter fortement la croissance européenne et relancer l’inflation. De l’Europe à l’Asie en passant par l’Amérique, les marchés financiers ont nettement reculé depuis lundi. Hier, les Bourses asiatiques ont lourdement chuté : Séoul a dévissé de
12%, Tokyo a perdu 3,61% et Sydney 1,94%. En Europe, Paris a reculé de 3,46%, Londres de 2,75%, Francfort de 3,44% et Milan de 3,92%.
L’augmentation des prix de l’énergie exerce une pression directe sur l’inflation, notamment à court terme. Philip Lane, chef économiste de la BCE, explique dans une interview au Financial Times qu’une potentielle hausse de l’inflation pourrait remettre en cause les futures baisses de taux des banques centrales.
La flambée des coûts énergétiques se répercute sur les factures des ménages, mais aussi sur le transport et la logistique, entraînant rapidement une inflation globale, qui influence ensuite l’inflation sous-jacente via les salaires et les décisions de prix des entreprises.
S. Smati
