Depuis son retour en France après sa visite de deux jours en Algérie la semaine dernière, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’a pas été très loquace sur les sujets abordés avec ses interlocuteurs algériens.
Aucune déclaration à la presse et encore moins d’effets d’annonce. Comme si une consigne claire avait été donnée de part et d’autre pour ne pas compromettre le travail entrepris jusque-là, qui semble avoir porté ses fruits. Cette discrétion n’a pas permis de percer les détails des échanges, sinon à travers quelques bribes d’information diffusées par des fuites organisées.
Les tensions diplomatiques de 2025
Ainsi, on apprend que les deux parties ont abordé sereinement les flux migratoires illégaux, les représentations consulaires algériennes en France et le retour de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet.
Ce dernier avait été rappelé à Paris en avril 2025, suite à l’expulsion par l’Algérie de 15 agents consulaires français, en réaction à l’arrestation d’un agent consulaire algérien à Paris. À son tour, Paris avait annoncé l’expulsion de 12 agents diplomatiques algériens et rappelé son ambassadeur pour consultations.
La décision d’Alger avait été présentée comme une «réponse ferme» fondée sur le principe de réciprocité à l’arrestation de l’agent du consulat algérien de Créteil, qui avait été mis en examen et placé en détention provisoire le 12 avril 2025. Les 12 agents diplomatiques français expulsés relevaient tous de la place Beauvau. «Le signal est transparent, c’est Retailleau qui est visé», avait commenté une source diplomatique française.
Relance du dialogue
Aujourd’hui, avec l’arrivée de Laurent Nuñez à ce ministère, la donne a changé. Les Algériens ont également présenté leurs doléances, notamment la levée des barrières érigées par Retailleau. Les badges aéroportuaires des agents diplomatiques algériens seront rétablis.
Les tensions concernaient l’accès aux zones réglementées des aéroports français, jugé discriminatoire par l’Algérie, qui réclamait le rétablissement des badges permanents. En représailles, Alger avait retiré les privilèges d’accès des diplomates français aux aéroports algériens.
Par ailleurs, la France avait modifié unilatéralement les conditions de délivrance des badges d’accès aux zones de sûreté (ZSAR), limitant l’accès des agents consulaires et diplomatiques algériens. Alger avait considéré cela comme une violation de la convention de Vienne et de l’accord bilatéral de 1974, dénonçant des mesures «vexatoires». En réaction, l’Algérie avait appliqué le principe de réciprocité en récupérant les titres d’accès privilégiés accordés à l’ambassade de France. Cette situation concerne principalement les titres d’accès diplomatiques, et non les procédures de voyage pour les passagers algériens ordinaires, qui, eux, bénéficient d’une modernisation des contrôles à l’aéroport d’Alger.
Vers un timide rapprochement
Par ailleurs, il n’y aura plus d’obstacles pour les consuls d’Algérie et la prise de rendez-vous dans les préfectures françaises pour les étudiants et résidents algériens sollicitant une carte de séjour ou son renouvellement. Concernant les étudiants algériens, Paris a tenu à préciser qu’aucune mesure de représailles n’a été édictée : les retards dans les démarches et procédures affectent tous les demandeurs de titres de séjour, sans distinction.
Après des tensions diplomatiques majeures en 2024-2025, liées notamment au dossier du Sahara occidental, Alger et Paris amorcent un timide rapprochement. Cette démarche vise à sécuriser la coopération sécuritaire et à stabiliser les échanges économiques, tout en gérant les contentieux migratoires et mémoriels. Malgré la baisse des échanges commerciaux prévue pour 2024, l’Algérie reste un partenaire économique important pour la France.
La relation demeure complexe, marquée par une alternance de rapprochements et d’éloignements, mais cette nouvelle séquence montre un désir d’apaisement de part et d’autre. En tout état de cause, la visite de Laurent Nuñez a contribué à réduire la tension diplomatique. Est-ce le début de la normalisation entre les deux pays après deux années tumultueuses ?
H. Adryen
