Soixante-trois ans après l’indépendance, l’Algérie a lancé la décontamination des sites d’In Ekker et de Reggane, où la France a réalisé 17 essais nucléaires entre 1960 et 1966. Selon le ministère de la Défense nationale, la première opération se concentre sur le site de Taourirt Tan Afella, près d’In Eker.
Les résultats préliminaires révèlent la présence de métaux lourds dans certaines zones, tandis que des preuves documentées permettent d’étayer la qualification de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. L’engagement de cette opération est le fruit de plusieurs décennies d’études, de planification et de coordination des efforts entre différents secteurs, principalement celui de la défense, et se déroule «sous la supervision d’experts et de spécialistes algériens, avec des capacités nationales», indique un documentaire de la Direction de l’information et de la communication du MDN, intitulé «Les Algériens au cœur des défis».
La décontamination a été lancée sur le site de Taourirt Tan Afella, près d’In Eker, où a eu lieu le deuxième essai nucléaire français, nommé opération Béryl. Dans ce cadre, la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la Vie, Kaoutar Krikou, a supervisé l’ouverture d’une journée médiatique consacrée aux impacts environnementaux de ces essais. Elle a souligné que cette initiative s’inscrivait dans le cadre de l’utilisation des archives comme référence par la Commission nationale de la mémoire environnementale, afin de fournir des preuves attestant la réalisation d’éléments constitutifs de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, conformément au droit international, notamment pour les dommages constatés sur l’environnement, les animaux et la végétation.
Échantillons environnementaux et analyses
Des échantillons de sol, de végétation et d’autres éléments environnementaux ont été prélevés sur plusieurs sites afin de procéder à des analyses sur les impacts des essais nucléaires et des armes prohibées sur le sol et l’équilibre écologique. Les travaux se poursuivent, et les analyses préliminaires ont déjà révélé la présence de métaux lourds dans certaines zones, témoignant de l’ampleur de la pollution laissée par ces essais. La région d’In Eker souffre encore aujourd’hui des radiations du césium-137 et du plutonium.
Les experts algériens ont mis en place un camp de décontamination, le premier du genre, comme modèle pour une future réhabilitation radicale et globale d’autres sites. Le procédé utilisé consiste à collecter et stocker les déchets dans des conteneurs en béton préparés à cet effet, en respectant les procédures de sécurité. La tâche des équipes algériennes a été compliquée par l’absence de cartes et d’archives françaises relatives à ces opérations, rendant difficile l’identification des zones radioactives.
Conséquences sanitaires et environnementales
Le Président Abdelmadjid Tebboune a dénoncé à plusieurs reprises le refus de la France de nettoyer ces sites et de remettre à l’Algérie les archives et cartes d’enfouissement des déchets radioactifs. «Vous voulez qu’on soit amis, venez nettoyer les sites des essais nucléaires», avait-il lancé en octobre 2024 aux responsables français. «Vous êtes devenus une puissance nucléaire et vous nous avez laissé des maladies… Venez nettoyer, nous n’avons que faire de votre argent», a-t-il insisté.
Les explosions nucléaires dans le Sud algérien ont entraîné l’apparition de maladies graves, notamment différents types de cancers, ainsi que de malformations congénitales chez les nouveau-nés et de maladies chroniques, en plus d’autres affections liées aux émissions radioactives, touchant à la fois l’être humain et la végétation. Les études scientifiques et recherches sur le terrain ont montré que «les effets de ces explosions nucléaires et leurs radiations n’ont épargné personne. Elles ont empoisonné l’environnement, pollué l’atmosphère et causé des décès, des malformations congénitales et des maladies chroniques, léguant ainsi des souffrances à des générations entières», a-t-il expliqué.
Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), entré en vigueur le 22 janvier 2021, complète le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Au-delà de prévoir l’interdiction de l’utilisation, du financement et de la menace d’utilisation des armes nucléaires, le traité oblige les États signataires, victimes ou auteurs d’essais nucléaires, à prendre en charge les victimes civiles et à réhabiliter, dans la mesure du possible, les zones affectées.
Alors que l’Algérie a ratifié le traité et participé aux négociations, la France, comme d’autres puissances nucléaires, a refusé catégoriquement de le signer
Adryen
