La relation entre l’Algérie et les Émirats arabes unis traverse une période de forte tension, marquée par des désaccords profonds sur la scène politique et régionale. Mohammed Yahya Al-Qahtani, écrivain et journaliste saoudien, l’a récemment résumé avec force sur son compte officiel X : «L’Algérie ne rivalise ni avec Abu Dhabi en termes de richesse ni par ses gratte-ciel, mais elle brille là où cela compte véritablement.
Elle détient une décision souveraine qui ne s’achète pas, une armée qui ne se loue pas, et un État qui ne se gère pas par procuration.» Cette vision résume la ligne ferme adoptée par Alger face aux choix et aux comportements politiques des Émirats, jugés destructeurs pour la sécurité et les intérêts algériens.
Les limites de la patience algérienne
Au fil des mois, l’Algérie a multiplié les démarches diplomatiques pour tenter de dissuader Abu Dhabi de ses interventions régionales, allant de la Somalie au Yémen, en passant par la Libye et le Soudan. Les déclarations récentes du président Abdelmadjid Tebboune confirment que toutes les opportunités ont été épuisées et que la patience algérienne a atteint ses limites. Selon plusieurs analystes, la prochaine phase pourrait se traduire par une suspension ou même une rupture des relations diplomatiques, si les Émirats persistent dans leur posture actuelle.
Un contexte régional complexe
La situation s’inscrit dans un contexte régional complexe. Les tensions internes entre l’Arabie saoudite et les Émirats, l’affaiblissement du rôle émirati en Somalie, au Yémen et en Libye, et la montée d’un front arabe plus critique envers certaines politiques d’Abu Dhabi donnent à l’Algérie un poids stratégique notable. Certains observateurs estiment que le facteur politique et régional actuel montre un certain alignement entre l’Algérie, Riyad et plusieurs pays arabes sur les comportements des Émirats. Mais la réalité est claire : c’est Alger qui a été pionnière dans l’alerte contre les interventions émiraties dans la région, et non l’inverse.
Soutien concret à d’autres pays africains
Cette posture se traduit aussi par des initiatives concrètes de soutien à d’autres pays africains. L’Algérie a ainsi appuyé le président du Conseil souverain soudanais, Abdel Fattah al-Burhan, lors de sa visite à Alger il y a deux ans. Elle a également renforcé la coopération avec la Somalie en matière de sécurité et de défense, lors de la visite en novembre 2025 du président somalien Hassan Sheikh Mahmoud. Ces gestes traduisent la stratégie algérienne : défendre sa souveraineté tout en consolidant un réseau régional fondé sur la stabilité et la sécurité collective.
Sur le plan intérieur, cette ligne ferme est également un message politique fort : l’Algérie ne transige pas sur son indépendance stratégique, et elle refuse toute ingérence étrangère qui pourrait compromettre ses intérêts nationaux. Cette approche contraste avec la diplomatie plus commerciale et expansible des Émirats, centrée sur le soft power et les investissements régionaux.
Une stratégie scrutée par le monde arabe
Alors que les tensions persistent, le monde arabe observe de près la capacité de l’Algérie à maintenir son cap. La question n’est plus seulement celle de la richesse ou du prestige, mais de la crédibilité et de la puissance décisionnelle sur l’échiquier régional. Entre préservation de la souveraineté et risques d’escalade, Alger joue sa carte maîtresse : celle de la fermeté et de l’indépendance, dans un contexte où chaque mouvement stratégique peut redessiner l’équilibre des alliances au Maghreb et au-delà.
A. Mekhennef
