Le tribunal correctionnel de Bir Mourad Raïs a rendu jeudi son verdict dans l’affaire opposant l’écrivain et chroniqueur Saâd Bouakba à la famille de l’ancien président Ahmed Ben Bella. Le journaliste a été condamné à trois ans de prison avec sursis, au terme d’un procès fortement médiatisé. Dans le même dossier, la juridiction a ordonné la fermeture de la chaîne électronique «Vision» impliquée dans la diffusion de l’émission à l’origine du litige, ainsi que la confiscation de l’ensemble de son matériel.
Son directeur a, pour sa part, écopé d’une peine d’un an de prison ferme. Lors de l’audience, le procureur de la République avait requis cinq ans de prison ferme contre Saâd Bouakba et deux ans de prison à l’encontre du directeur de la chaîne. Les avocats de la défense ont plaidé la relaxe, rappelant le parcours du journaliste : «C’est le doyen de la presse nationale, un homme qui a combattu le terrorisme intégriste durant la décennie noire. Aujourd’hui, pour un avis mal interprété, il se retrouve poursuivi. Il ne mérite pas un tel sort», ont-ils déclaré.
La genèse de l’affaire
L’affaire a débuté le 27 décembre dernier, lorsque le parquet de Bir Mourad Raïs a annoncé, dans un communiqué, le placement en détention provisoire de Saâd Bouakba pour diffamation. L’écrivain avait été présenté le jour même devant le procureur, à la suite d’une plainte déposée par Mme Mahdia Ben Bella, fille du défunt président. Celle-ci reproche au journaliste d’avoir porté atteinte à la mémoire de son père lors d’une émission diffusée sur la chaîne électronique Vision, intitulée : «C’est ainsi que des chefs de la révolution se sont départagés l’argent du FLN». Selon le communiqué, Bouakba y aurait affirmé que certains responsables historiques se seraient «accaparé des biens illicitement avant de les intégrer à leurs comptes personnels». Ces propos, qualifiés par le parquet de «fausses déclarations portant atteinte aux symboles de l’État et de la Révolution de libération nationale», ont conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire. Saâd Bouakba ainsi que le gérant de la chaîne ayant diffusé l’émission ont été auditionnés par le procureur de Bir Mourad Raïs. Le premier a été placé sous mandat de dépôt, tandis que le second a été remis en liberté durant l’instruction.
L’écrivain a été poursuivi pour diffamation et atteinte à des symboles de la Révolution, des accusations qu’il conteste. Le collectif de ses avocats a annoncé son intention de faire appel afin d’obtenir la révision du jugement.
R.H.
