Le pôle pénal, économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed a ouvert, hier, les auditions dans le procès mettant en cause plusieurs cadres et fonctionnaires du groupe public Imetal, poursuivis pour une série de délits liés à la mauvaise gestion et au détournement de fonds publics. Dès leur passage à la barre, les premiers accusés ont nié catégoriquement l’ensemble des faits retenus contre eux lors de l’enquête préliminaire et de l’instruction judiciaire.
Un groupe éclaboussé par un vaste scandale
Imetal, qui chapeaute treize filiales dans les industries métallurgiques, sidérurgiques et métalliques, est au cœur de l’une des affaires de corruption les plus complexes de ces dernières années. Au total, 25 cadres et fonctionnaires sont poursuivis pour des faits graves : détournement et dilapidation de deniers publics, violations de la réglementation dans l’attribution des marchés, contrats conclus avec des tiers de manière illégale, atteintes aux installations sensibles du complexe d’El Hadjar, arrêts répétés de la production causant d’importants préjudices financiers. À ces accusations s’ajoutent d’autres délits, tels que : blanchiment d’argent, dissimulation de l’origine de biens, abus de fonction et octroi d’avantages injustifiés lors de contrats publics. Selon les conclusions de l’instruction, les filiales du complexe d’El Hadjar ont été le théâtre d’un véritable pillage : irrégularités dans les achats de déchets ferreux et non ferreux, anomalies dans les importations de charbon, transactions suspectes concernant la location d’équipements, d’autobus et de camions.
Un rapport accablant à l’origine de l’enquête
L’affaire a éclaté après la transmission au parquet d’un rapport détaillé mettant au jour des faits de corruption et de malversations au sein du groupe, notamment à El Hadjar et à la Société nationale de récupération et de valorisation (SNRV). La brigade centrale de lutte contre la criminalité économique et financière a alors déclenché une enquête approfondie, révélant un plan de destruction de grandes entreprises publiques, l’existence de réseaux mafieux gravitant autour d’Imetal, des détournements massifs et des marchés attribués de manière frauduleuse et de nouvelles malversations impliquant d’autres responsables.
Des pertes colossales pour l’État
Parmi les hauts responsables mis en cause figure l’ancien Président Directeur Général d’Imetal, placé en détention provisoire en mars 2023 et décédé en détention en juillet dernier. Cinq autres dirigeants, dont le PDG du groupe Sider, sont également poursuivis. Au total, 17 individus, rejoints par huit complices, sont accusés d’avoir constitué un réseau spécialisé dans le chantage, la pression et le détournement de marchés publics. Des documents saisis auraient révélé l’existence de transactions opaques impliquant des intermédiaires étrangers. Depuis plusieurs années, les syndicats d’El Hadjar et d’Imetal dénonçaient déjà des dysfonctionnements chroniques ayant entraîné la perte de milliers d’emplois et de milliards de dinars.
Symbole de l’industrie nationale, le complexe d’El Hadjar a vu sa production s’effondrer d’un tiers, conséquence directe de ces dérives, infligeant un énorme préjudice financier au Trésor public. Les auditions des prévenus se poursuivront jusqu’à jeudi prochain, au regard de la gravité et de la multiplicité des accusations portées contre eux.
R. H.
