La présidente du tribunal criminel d’Alger (deuxième instance), Mme Lynda Mahmoudi, a accordé de larges circonstances atténuantes à quatre prévenus initialement condamnés en 2022 à sept années de prison ferme pour spéculation sur les huiles alimentaires.
Par Redouane Hannachi
Originaires d’El Ouanezza, les quatre mis en cause ont été partiellement blanchis du principal chef d’accusation retenu contre eux par la chambre d’accusation d’Alger, à savoir la spéculation sur des produits alimentaires dans le cadre d’une bande organisée. Au terme du délibéré, revenu en salle d’audience entourée de ses deux conseillères — l’une représentant la cour d’appel et l’autre le tribunal — la présidente a prononcé pour chacun d’eux une peine de trois ans de réclusion ferme.
Cette réduction de peine leur a permis, le jour même, de récupérer leur liberté, la durée de leur détention provisoire correspondant désormais à la peine prononcée.
Durant les débats, les prévenus ont fermement nié avoir dissimulé des stocks d’huile dans l’intention d’en spéculer, soulignant que la quantité saisie — environ 1 000 bidons de cinq litres — ne pouvait, selon eux, constituer une menace pour l’économie nationale. Ils ont assuré n’avoir jamais voulu profiter de la pénurie d’huiles qu’avait traversée le pays, ni chercher à s’accaparer la marchandise.
Le procureur général, pour sa part, a requis la réclusion criminelle à perpétuité, soutenant que les éléments matériels et légaux attestant de la spéculation étaient «incontestablement réunis», notamment l’intention criminelle de thésauriser un produit essentiel. Il a en outre affirmé que les prévenus projetaient d’acheminer une partie de la marchandise vers la Tunisie, alimentant un trafic transfrontalier.
La défense, s’appuyant sur l’article 53 du code pénal, a plaidé l’indulgence en avançant que leurs clients n’avaient pas agi pour nuire à l’économie nationale, mais pour subvenir aux besoins élémentaires de leurs familles, vivant dans une précarité extrême.
«Madame la présidente, nos clients peinent à assurer même le pain quotidien à leurs enfants», ont-ils martelé, estimant que ces derniers étaient «autant victimes que mis en cause», tant leur situation sociale est dégradée.
Il convient de rappeler que cette affaire revient devant la justice après cassation : la Cour suprême avait annulé le premier verdict, considérant que les questions posées étaient trop complexes, certaines en renfermant plusieurs autres. Lors du premier jugement, les accusés avaient été condamnés à la perpétuité par le tribunal criminel de première instance de Dar El Beïda. En appel, les peines avaient été ramenées à sept ans de prison ferme.
Le procureur général devrait, selon toute vraisemblance, former un nouveau pourvoi en cassation, ouvrant la voie à une éventuelle révision du procès.
R.H.
