Le lancement de cette banque constitue une avancée majeure pour le financement énergétique en Afrique.
Après plusieurs reports, l’Association des pays producteurs de pétrole africains (APPO) vient de fixer une nouvelle échéance pour rendre opérationnelle la Banque africaine de l’énergie. En gestation depuis 2022, le projet vient d’être relancé en début de ce mois lors de la 48ᵉ session du Conseil ministériel de l’APPO, tenue à Brazzaville. Un sommet des chefs d’Etat de l’APPO est prévu au premier semestre 2026, en vue de mobiliser 500 millions de dollars pour le lancement effectif de cette initiative. Portée par l’APPO et Afreximbank, la future banque, dotée d’un capital initial de 500 millions de dollars, vise à financer la production et la transformation d’hydrocarbures sur le continent. L’annonce de démarrage de la banque s’est accompagnée par la décision de confier à l’Algérie la direction du projet.
Par ailleurs, l’Africa Energy Investment Corporation (AEICorp), le bras financier de l’organisation, en assurera la supervision technique, tandis qu’un second groupe, dirigé par le Sénégal, veillera à la cohérence institutionnelle du dispositif. L’Algérie, qui pilote désormais le groupe de travail, sera chargée de mettre en place cette nouvelle institution et devra finaliser le cadre juridique, la structure de gouvernance et le montage financier avant que la Banque ne puisse démarrer. Pour Mohamed Arkab, ministre d’Etat, ministre de l’Énergie et président du groupe de travail chargé du projet, l’enjeu est clair : sortir de la dépendance aux institutions financières du Nord et créer un cadre de financement qui conjugue sécurité énergétique, souveraineté et transition. Le choix de l’Algérie pour piloter le projet n’est pas fortuit. Acteur pivot entre Afrique du Nord, Sahel et Golfe de Guinée, l’Algérie capitalise sur son expertise hydrocarbure et son positionnement géopolitique. Le pays est également déjà impliqué dans plusieurs projets régionaux, notamment le gazoduc transsaharien vers le Nigeria. Cette désignation intervient par ailleurs au moment où l’Algérie renforce ses relations avec les pays subsahariens, notamment dans les domaines énergétique et sécuritaire.
Combler le déficit d’investissements
La Banque africaine de l’énergie se doit de répondre à un besoin urgent. Les bailleurs de fonds internationaux se retirent massivement des projets de financement des énergies fossiles en Afrique. Cela crée une pénurie de capitaux pour les projets pétroliers et gaziers. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie de 2023, l’Afrique représente 20 % de la population mondiale, mais ne capte que 3 % des investissements dans l’énergie. L’objectif est donc de garantir aux pays africains une indépendance financière dans le développement de leurs ressources énergétiques. La banque interviendra sur toute la chaîne de valeur : exploration, extraction, transformation et commercialisation des hydrocarbures. Les 500 millions de dollars à mobiliser représentent 10% du capital total. Ces fonds serviront à lancer les opérations et à financer les premiers projets. Le capital restant sera collecté auprès d’autres contributeurs pour atteindre les 5 milliards de dollars prévus. Le succès de cette future banque de l’énergie reposera donc sur l’engagement financier des Etats membres et la transparence de sa gouvernance.
Le lancement de nouveau repoussé
Suscité au lendemain de la COP 26 suite à la décision des institutions et pays occidentaux de stopper progressivement leurs financements dédiés aux énergies fossiles en Afrique, le projet de banque africaine de l’énergie a été officiellement annoncé en mai 2022. C’est finalement à l’occasion de la 44e session du Conseil des ministres de l’APPO, tenue en 2023, que les Etats membres ont officiellement convenu de la création de cette banque, avec un lancement fixé pour 2024 avec la signature des documents nécessaires à sa création.
En février 2025, le premier vice-président exécutif d’Afreximbank avait indiqué qu’il espérait un lancement pour la mi-2025. Il avait expliqué que les équipes travaillaient à rassembler les capitaux nécessaires. Le calendrier a ensuite été repoussé. Le lancement effectif est finalement envisagé pour le premier semestre 2026.
Saïd S.
