La Cour suprême a définitivement tranché dans l’affaire du meurtre de la journaliste Tinhinane Laceb.
Par Redouane Hannachi
Pour la troisième fois en deux ans, les juges de la chambre criminelle ont rejeté le pourvoi introduit par son époux, condamné à la peine capitale. L’espoir d’un réexamen du dossier s’éteint ainsi pour celui qui, depuis son incarcération, n’a cessé de plaider l’absence d’intention homicide. L’instruction du pourvoi visait à démontrer, selon la défense, des «carences et anomalies» dans les précédents jugements. Mais les magistrats de la plus haute juridiction du pays ont estimé que les griefs avancés ne reposaient sur aucun fondement sérieux, confirmant ainsi la sentence initiale: la peine de mort.
Un meurtre d’une extrême violence
Les faits remontent au 26 janvier 2021. Ce jour-là, S. Samir s’est présenté de son plein gré au commissariat, confessant avoir tué son épouse. Les policiers, dépêchés sur les lieux du drame, ont découvert un corps inanimé baignant dans une mare de sang, marqué par dix-sept coups de couteau. L’autopsie a révélé des plaies profondes au niveau du cœur et du rein gauche, à l’origine d’une hémorragie fatale. Devant les enquêteurs, le mari a expliqué son geste par des soupçons infondés et une jalousie maladive. Lors de son procès, il a déclaré : «Je ne voulais pas la tuer. Je voulais seulement la corriger parce qu’elle m’avait manqué de respect. Je ne sais pas comment j’ai pris un couteau… J’ai détruit ma vie». Le tribunal criminel d’Alger, puis la Cour d’appel, l’ont reconnu coupable d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens. Les jurés ont unanimement refusé de lui accorder des circonstances atténuantes.
Le cri de douleur d’une famille meurtrie
À la barre, le père de la victime n’a pu contenir son émotion : «Ma fille était une femme fidèle et respectée. Elle cachait ses souffrances, elle ne voulait pas nous inquiéter. Son mari la battait et elle voulait divorcer.» Sa mère a confirmé ces propos, dénonçant la violence quotidienne subie par la jeune femme : «Tinhinane était une femme digne, une mère attentionnée. Elle travaillait dur pour faire vivre sa famille. Lui, il était rongé par la jalousie.» Le procureur général a requis la peine capitale, soulignant que l’accusé avait frappé sa victime avec acharnement, sans lui laisser la moindre chance de fuir ni de se défendre, et ce, devant leurs deux fillettes. «Il ne mérite ni indulgence ni clémence», a-t-il déclaré dans son réquisitoire.
Une émotion nationale
La disparition tragique de Tinhinane Laceb, journaliste de la chaîne amazighe TV4, a provoqué une onde de choc au sein de la presse nationale. Âgée de 37 ans, mère de deux enfants, elle était connue pour son professionnalisme et son dévouement. Le ministre de la Communication de l’époque avait présenté ses condoléances à sa famille et à l’ensemble de la corporation, saluant « une journaliste engagée et respectée ». Son cousin, l’écrivain-journaliste Djamel Laceb, avait exprimé sa douleur sur les réseaux sociaux : « Ce n’était plus toi depuis longtemps. Amaigrie, épuisée… L’étincelle de ton intelligence s’éteignait. RIP Tinhinane.» Ses collègues ont également témoigné, décrivant une femme douce mais fragilisée : «Elle subissait une pression constante. On voyait bien qu’elle se renfermait, qu’elle perdait sa joie de vivre», confie une amie proche. Le dernier recours du condamné a été introduit juste avant l’expiration des délais légaux. Son avocat avait plaidé la requalification des faits en «coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner», estimant la peine « trop lourde». La Cour suprême en a décidé autrement. Après examen, elle a confirmé la culpabilité de S. Samir pour homicide volontaire avec préméditation.
