Synthèse Samir Méhalla
Ghaza : une assistance accrue, un contexte d’urgence prolongée
Les Nations unies et leurs partenaires intensifient leurs opérations dans la bande de Ghaza dans le cadre du plan de réponse humanitaire de 60 jours. Le 2 novembre, 80 camions de secours ont franchi les points de passage, transportant nourriture, vêtements, abris, médicaments et produits d’hygiène. Près de 750 palettes de vivres ont été livrées à Ghaza-Ville, malgré la congestion des routes.
Depuis la reprise des distributions alimentaires le 13 octobre, près d’un million de personnes – soit la moitié de la population – ont bénéficié d’une aide via 46 points de distribution. Les familles devraient recevoir deux rations mensuelles en novembre, contre une seule en octobre.
Plus de 210 tonnes d’aliments pour bétail ont également été distribuées à 1 700 éleveurs de Deir al-Balah.
Sur le plan nutritionnel, 120 000 paquets de céréales fortifiées ont été fournis pour prévenir la malnutrition infantile. Dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, 2 400 kits d’hygiène, 900 kits de dignité et 10 réservoirs d’eau ont été installés pour améliorer l’accès à l’eau potable. Des forages de puits sont en cours à Ghaza-Ville grâce au soutien humanitaire.
Malgré les risques, les acteurs de la protection poursuivent leurs activités : 300 enfants ont participé à des sessions de sensibilisation aux droits, 100 adolescents et parents ont reçu un appui psychosocial, tandis que 700 femmes et filles ont bénéficié d’une aide de première urgence dans plusieurs localités du sud. L’OCHA rappelle que la pleine mise en œuvre du plan exige un cessez-le-feu durable, des points de passage fonctionnels et un financement stable.
Cisjordanie : l’ONU réclame protection et justice
Le Secrétaire général adjoint pour les affaires humanitaires, Tom Fletcher, a dénoncé la multiplication des attaques de colons israéliens contre des Palestiniens pendant la récolte des olives. Il a souligné que l’impunité de ces actes viole le droit international, exigeant que les auteurs soient poursuivis et sanctionnés.
Soudan : une crise humanitaire hors de contrôle
Dans le Nord-Darfour, la violence s’intensifie. Des frappes aériennes et de drones ont visé El Fasher, Tina et Wana Mountain, causant des victimes civiles encore non vérifiées.
L’Organisation mondiale de la santé a condamné la frappe contre l’hôpital pédiatrique et maternel de Kernoi, qui a tué quatre personnes, dont des enfants.
Malgré les conditions périlleuses, l’ONU et ses partenaires continuent d’intervenir. À Tawila, où des milliers de déplacés affluent, 12 000 personnes ont reçu de l’eau potable et 45 000 bénéficient désormais d’un accès chloré quotidien.
Les taux de malnutrition infantile dépassent 45%, avec 14,6% d’enfants souffrant de formes sévères. Des cliniques mobiles assurent les soins d’urgence et l’assistance obstétrique.
OCHA appelle une nouvelle fois à un cessez-le-feu immédiat et à la libre circulation des secours, soulignant l’urgence d’un appui financier accru.
Caraïbes : le sillage dévastateur de l’ouragan Melissa
Jamaïque : plus de la moitié du pays sinistrée
Environ 1,5 million de Jamaïcains ont été affectés par l’ouragan Melissa. 130 routes bloquées, réseaux électriques et télécoms paralysés : la moitié du pays est privée d’accès.
Les hôpitaux, dont celui de Black River, sont endommagés et manquent d’eau, de carburant et de vivres.
L’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO) a dépêché des équipes médicales et des spécialistes en santé mentale. Le PAM estime que 360 000 personnes nécessitent une aide alimentaire.
L’UNICEF intervient dans les abris pour rétablir l’eau et l’assainissement.
Haïti : des pertes humaines et agricoles majeures
Au moins 30 morts ont été recensés après le passage de l’ouragan. Les pertes agricoles (haricots, maïs, fruits, pêche) risquent d’aggraver la faim, alors que la moitié du pays est déjà en insécurité alimentaire.
Le PAM a distribué des vivres à 12 000 personnes, tandis que 2 900 kits d’hygiène de l’UNICEF ont touché 14 500 bénéficiaires.
Le FNUAP a déployé des kits de santé reproductive couvrant 4 200 accouchements et 180 cas de violences sexuelles.
Le plan humanitaire de 908 millions de dollars pour Haïti n’est financé qu’à 21%, rendant urgente une mobilisation internationale.
Madagascar : sécheresse, cyclones et malnutrition
Le sud et le sud-est de Madagascar font face à une crise alimentaire aiguë aggravée par les sécheresses, cyclones et épidémies de paludisme.
Près de 110 000 personnes devraient tomber en phase d’urgence alimentaire (IPC 4) d’ici janvier 2026, contre 27 000 précédemment. 160 000 enfants souffrent déjà de malnutrition sévère.
Dans certaines zones comme Ikongo, le taux de malnutrition atteint 15 %.
Les coupes budgétaires ont conduit à la fermeture de plusieurs programmes humanitaires essentiels. Le plan national de réponse – évalué à 185 millions de dollars – accuse un déficit de 125 millions.
Les Nations unies appellent à un financement immédiat de 85 millions de dollars pour venir en aide à 1,5 million de personnes menacées par la faim et la maladie.
Un monde en détresse humanitaire
Du Proche-Orient à l’Afrique subsaharienne et jusqu’aux îles de l’océan Indien et des Caraïbes, l’OCHA dresse le constat d’une urgence mondiale multiforme : conflits prolongés, catastrophes climatiques, infrastructures détruites et manque criant de financements.
Le message des Nations unies est clair : sans trêve, sans accès humanitaire et sans financement, les crises actuelles risquent de basculer vers l’irréversible.
L’appel à la solidarité internationale résonne une fois encore comme un devoir humanitaire collectif.
S. M.
