Le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Brahim Boughali, a affirmé hier que la finance islamique constitue l’un des piliers essentiels de la réforme du système financier en Algérie, insistant sur sa dimension éthique et structurante, bien au-delà d’un simple substitut technique au modèle bancaire traditionnel.
Intervenant à l’ouverture de la journée d’étude intitulée « La finance islamique en Algérie… Perspectives et défis», en présence du ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Youcef Belmehdi, du président du Haut Conseil islamique Mabrouk Zeid El-Kheir, ainsi que de nombreux députés, universitaires et experts, Boughali a fait un véritable plaidoyer en faveur d’une finance inclusive, juste et conforme aux principes de la charia. Selon le président de l’APN, l’intégration de la finance islamique dans le système bancaire national, consacrée par la loi n°23-09 portant Loi monétaire et bancaire, s’inscrit dans la vision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Elle vise à diversifier les instruments de financement, renforcer l’inclusion financière et répondre à une demande croissante des citoyens et investisseurs en quête de solutions éthiques et religieusement conformes. «La finance islamique n’est pas seulement une alternative. C’est une vision économique basée sur la justice, la solidarité et la responsabilité», a-t-il déclaré. Brahim Boughali a souligné que ce modèle financier représente un mécanisme efficace pour mobiliser les ressources financières internes et réintégrer les capitaux restés en marge du circuit économique formel.
Grâce à des outils comme la Mourabaha, l’Ijara (location) ou encore les formules de partenariat, la finance islamique contribuerait activement selon lui à la réalisation du développement durable, tout en promouvant une répartition équitable des richesses. Pour donner un nouvel élan à ce secteur, le président de l’APN a insisté sur l’urgence de lever les obstacles qui entravent son déploiement en Algérie. Parmi les priorités identifiées : L’achèvement du cadre juridique et réglementaire pour sécuriser les transactions, la formation de ressources humaines spécialisées en jurisprudence financière islamique et gestion des risques, le renforcement de la sensibilisation du public aux enjeux et bénéfices de la finance islamique et l’innovation dans la création de produits financiers compatibles avec la transformation numérique et la compétitivité mondiale. Par ailleurs, le président de la chambre basse du Parlement a insisté sur la nécessité d’une synergie entre les institutions de l’État, les banques, les oulémas et les investisseurs pour réussir l’ancrage de la finance islamique en Algérie. Il a souligné que cette approche pourrait non seulement restaurer la confiance en les institutions financières, mais aussi faire des valeurs islamiques un socle de croissance, de prospérité et de stabilité économique. Intervenant également lors de ce colloque, le député et économiste Abdelkader Beriche a salué les avancées enregistrées dans ce domaine, notamment depuis l’élection du président Tebboune, qui a accordé à la finance islamique une place de choix dans l’agenda économique national.
Selon lui, l’Algérie est désormais sur une trajectoire claire et prometteuse. Il a cité des chiffres révélateurs tirés du dernier rapport de la Banque d’Algérie : 102 agences bancaires dédiées exclusivement à la finance islamique seront opérationnelles d’ici fin 2024, contre 89 en 2023, témoignant d’un essor soutenu. Selon l’économiste, les dépôts ont atteint 793,5 milliards de dinars, soit une hausse annuelle de 17 %, tandis que le financement global par les institutions islamiques a grimpé à 532,2 milliards de dinars, enregistrant ainsi une croissance de 16 %. Abdelkader Beriche a également salué l’autorisation récemment octroyée au Trésor public pour l’émission de sukuk souverains sur le marché financier algérien, estimant qu’il s’agit d’une première étape vers une mobilisation plus large de l’épargne nationale et un approfondissement du marché des capitaux. Il a toutefois souligné que plusieurs défis subsistent, notamment la numérisation du secteur financier, la généralisation des technologies financières, ainsi que la limitation de l’offre proposée par les banques islamiques.
À l’heure où l’Algérie cherche à diversifier ses sources de financement et à renforcer l’inclusion financière, la finance islamique apparaît ainsi comme une voie prometteuse, à la croisée de l’éthique, de l’innovation et du développement.
Islam K
