L’accord sur Ghaza est désormais officiel. Les Etats-Unis, l’Egypte, le Qatar et la Turquie ont signé une déclaration sur Ghaza hier au cours d’une brève cérémonie organisée à Charm el-Cheikh après l’accord de cessez-le-feu entre l’entité sioniste et le Hamas.
«Le document va détailler les règles et les dispositions et bien d’autres choses», a déclaré Trump en répétant par deux fois que «cela allait tenir», mais sans autre précision sur le texte signé lors d’un bref sommet international sur Ghaza. Le cessez-le-feu entré en vigueur dans la bande de Ghaza marque un tournant historique pour la région et le monde. Après deux années de guerre dévastatrice, la trêve portée par le président américain Donald Trump, avec la médiation de l’Égypte et le soutien de plusieurs puissances régionales, suscite à la fois espoir et méfiance.
Trump a annoncé la «fin de la guerre à Ghaza», affirmant que «les choses vont bien se passer». Avant de s’envoler vers l’entité sioniste et l’Égypte, il a précisé avoir obtenu des «garanties orales» de toutes les parties concernées et évoqué la création rapide d’un «Conseil de la paix» pour superviser la reconstruction du territoire. La visite du président américain au Moyen-Orient, décrite comme «très spéciale», s’est conclue par la tenue d’un sommet international à Charm el-Cheikh, coprésidé avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.
Ce sommet, baptisé «Sommet de la paix de Charm el-Cheikh», a réuni 31 États et organisations internationales dans le but de sceller définitivement la fin des hostilités. Mais les heures qui ont précédé son ouverture ont été marquées par la confusion. L’invitation de dernière minute adressée à Benyamin Netanyahou, à l’initiative de Trump, a suscité des tensions. Le Premier ministre sioniste a finalement décliné l’invitation, invoquant la proximité des fêtes juives, après avoir d’abord confirmé sa participation. Plusieurs pays arabes, dont l’Irak, avaient fait savoir qu’ils se retireraient du sommet si le dirigeant sioniste y participait.
Une trêve fragile
Sur le plan humanitaire, la situation à Ghaza reste dramatique. Les Nations unies, par la voix de leur secrétaire général António Guterres, ont salué la poursuite du cessez-le-feu tout en rappelant que «les besoins humanitaires demeurent immenses» et que «la continuité du financement et de l’acheminement de l’aide est essentielle». L’ONU appelle toutes les parties à «transformer ce cessez-le-feu en paix durable».
Selon les termes de l’accord, l’entité sioniste doit libérer près de 2 000 prisonniers palestiniens, tandis que les 47 otages restants à Ghaza seront remis au Comité international de la Croix-Rouge. Parallèlement, les forces sionistes commenceront à se retirer progressivement du territoire, remplacées par une force multinationale composée de contingents égyptiens, qataris, turcs et émiratis, sous supervision américaine.
Mais les zones d’ombre demeurent nombreuses. À al Qods comme à Washington, les déclarations laissent planer des doutes sur la stabilité de la trêve. Netanyahou a affirmé que «la guerre n’est pas terminée» et que «la sécurité de l’entité sioniste exige la neutralisation complète du régime du Hamas». Du côté palestinien, les dirigeants du mouvement islamiste ont réaffirmé leur engagement envers le cessez-le-feu, tout en refusant de participer à la gouvernance du territoire pendant la période de transition. «Le Hamas ne participera pas à l’administration de Ghaza, mais restera un acteur clé du tissu palestinien», a confié un responsable du mouvement.
Sur le terrain, les Ghazaouis retrouvent lentement leurs quartiers détruits. Des milliers de déplacés ont regagné leurs foyers, souvent réduits à des ruines. Quelques camions d’aide humanitaire ont pu franchir les points de passage, mais des scènes de chaos ont éclaté dans certaines villes du sud, témoignant de l’ampleur du désespoir.
La guerre a fait plus de 67 800 morts, dont la moitié sont des femmes et des enfants, selon le ministère de la Santé de Ghaza, des chiffres jugés crédibles par l’ONU. Face à ce bilan effroyable, la communauté internationale mesure l’ampleur du défi à venir : reconstruire, soigner, et surtout instaurer une paix durable dans un territoire où tout a été ravagé.
L’épreuve du terrain
Trump, qui s’est félicité du «rôle crucial» du Caire, a déclaré à Charm el-Cheikh que «la deuxième phase de l’accord de Ghaza a déjà commencé». Celle-ci prévoit la mise en place d’un cadre politique et sécuritaire destiné à stabiliser la région. Mais derrière l’optimisme affiché, de nombreuses questions demeurent sans réponse : le cessez-le-feu tiendra-t-il ? L’entité sioniste respectera-t-elle ses engagements? Et qui garantira la protection des civils si la tension remonte? Pour les habitants de Ghaza, la paix ne se décrète pas en conférence.
Elle se mesure à l’électricité qui revient, à l’eau qui coule à nouveau, et aux enfants qui peuvent enfin dormir sans craindre les bombardements. Entre promesse et incertitude, la reconstruction du territoire s’annonce comme une épreuve à la fois politique, humanitaire et morale.
Assia M.
