Malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu et les promesses d’aide internationale, la route reste longue et semée d’embûches.
Après plus de 730 jours d’une guerre dévastatrice qui a ravagé la bande de Ghaza, un accord de cessez-le-feu entre l’entité sioniste et le mouvement Hamas est enfin entré en vigueur. Cette trêve, supervisée par les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie, marque un tournant après deux années de combats et de blocus qui ont laissé la population palestinienne exsangue.
Un retour difficile…
Dès l’annonce du cessez-le-feu, des centaines de milliers de Palestiniens se sont précipité vers la ville de Ghaza et les zones du nord, quittant les abris du sud pour retrouver leurs foyers détruits. Les scènes de retour sont à la fois émouvantes et tragiques : des familles errent dans des quartiers méconnaissables, jonchés de gravats, à la recherche de leurs maisons ou de proches disparus. Le ministère de l’Intérieur de Ghaza a mobilisé ses forces de sécurité pour rétablir l’ordre et organiser la circulation dans les zones évacuées par l’armée sioniste. Les services de la défense civile, quant à eux, ont entamé des opérations d’envergure pour retrouver les disparus et extraire les corps ensevelis. Selon le porte-parole Mahmoud Basal, environ 9 500 Palestiniens sont encore portés disparus. Les hôpitaux continuent de recevoir des victimes : 155 corps ont été acheminés en une seule journée, dont la majorité récupérée sous les décombres. Le ministère de la Santé fait état d’un bilan effroyable : plus de 67 600 morts et 170 000 blessés depuis le début de la guerre en octobre 2023.
Un territoire à reconstruire
À Khan Younès, le maire a dressé un constat alarmant : 85 % de la ville est détruite, plus de 400 000 tonnes de gravats encombrent les rues et 350 000 tonnes de déchets doivent être traitées. Les réseaux d’eau et d’assainissement sont quasiment anéantis. À Ghaza-ville, la situation est similaire: 85 % des engins municipaux sont hors service, et les priorités sont désormais claires: rouvrir les routes, rétablir l’eau, collecter les déchets et réparer les égouts. L’Autorité monétaire palestinienne a, de son côté, annoncé qu’elle travaillait au rétablissement rapide des services bancaires, essentiels pour la relance économique et la distribution des aides humanitaires. L’UNRWA a assuré disposer de vivres suffisants pour trois mois, tout en réclamant un accès total pour acheminer la nourriture et éviter la famine. La Campagne nationale palestinienne pour la restitution des corps des martyrs a par ailleurs dénoncé la rétention par l’entité sioniste des dépouilles de 735 Palestiniens, dont 67 enfants, et le maintien de 256 corps dans les «cimetières des numéros», où chaque tombe n’est marquée que d’un simple numéro sans nom.
Un territoire miné
L’expert militaire Fayez Al-Douairi a averti que le retour des habitants dans les zones évacuées devait se faire avec la plus grande prudence. Selon lui, près de 200 000 tonnes de munitions ont été larguées sur Ghaza pendant la guerre, dont 15 à 20 % n’ont pas explosé. Ces restes, souvent de petites bombes à fragmentation, représentent un danger majeur, notamment pour les enfants. Leur neutralisation nécessitera, selon lui, un effort international massif et des moyens techniques spécialisés.
Une trêve fragile
Sur le plan politique, l’accord conclu à Charm el-Cheikh comprend 21 points, dont la libération mutuelle de prisonniers, le retrait progressif de l’armée sioniste, l’entrée immédiate de l’aide humanitaire et la reconstruction du territoire. L’entité sioniste a déjà publié une liste de 195 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité devant être libérés, tandis que d’autres informations évoquent un total de près de 2 000 détenus, dont 1 700 arrêtés après octobre 2023. Le président américain Donald Trump, qui s’est attribué la médiation de l’accord, a salué «un grand succès pour l’entité sioniste, les Arabes, les musulmans et le monde entier». Il a décrit les dirigeants du Hamas comme «de bons négociateurs, puissants et intelligents», affirmant que les deux parties étaient «épuisées par les combats» et désireuses de tourner la page. Trump a promis que la reconstruction de Ghaza serait soutenue par «plusieurs pays riches de la région», sans toutefois les nommer.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a, de son côté, appelé à conférer une légitimité internationale à l’accord via le Conseil de sécurité et à déployer des forces internationales à Ghaza. Il a également annoncé son intention d’accueillir une conférence internationale sur la reconstruction et le redressement rapide du territoire.
Un long chemin vers la paix
Malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu et les promesses d’aide internationale, la route reste longue et semée d’embûches. Les habitants de Ghaza reviennent dans des villes dévastées, sans abris, sans eau potable et sans électricité. Le déminage, la gestion des décombres et la remise en état des infrastructures nécessiteront des années de travail et des ressources considérables. Mais au milieu des ruines, un fragile espoir renaît. Sur les routes de Salah ad-Din et d’Al-Rashid, des foules de familles rentrent à pied vers le nord, portant leurs enfants et quelques affaires, sous un ciel encore marqué par la fumée des bombardements. Pour ces survivants, ce retour n’est pas seulement un acte de résilience : c’est une déclaration de vie.
Assia M.
