Le président Tebboune a tenu jeudi dernier, lors de sa visite au siège du ministère de la Défense nationale, un long discours de plus d’une heure devant les cadres de l’ANP dans lequel il est revenu sur différents sujets à caractère national et international.
Outre le volet relatif à la défense et à la sécurité du pays, le volet économique et son corollaire l’industrie ont pris une grande place dans ce discours. Revenant sur la question de la restitution des fonds détournés et transférés à l’étranger, son cheval de bataille depuis son premier mandat, le président Tebboune a souligné la détermination de l’Etat à «poursuivre la lutte contre la corruption» et à «récupérer les biens détournés au temps de la Issaba», faisant état de la récupération de près de «30 milliards de dollars» de fonds et biens immobiliers détournés. Le chef de l’État a tenu à remercier l’Espagne, qu’il a qualifiée de «pays ami», pour «avoir restitué à l’Algérie un hôtel cinq étoiles» appartenant à un homme d’affaires qui l’avait acquis avec de l’argent détourné. Il a également indiqué que d’autres pays européens ont promis d’aider l’Algérie à rapatrier les fonds volés.
30 milliards de dollars récupérés
Le président Tebboune avait annoncé fin décembre dernier la somme faramineuse de 30 milliards de dollars comme étant la valeur des biens récupérés, contre les 20 milliards de dollars annoncés fin 2022. Toujours dans la même année, le gouvernement avait annoncé que 219 commissions rogatoires internationales ont été lancées en vue de saisir et confisquer des fonds détournés et transférés illégalement à l’étranger. Il y a eu la saisie de 750 biens immobiliers, représentant 23 % du total des biens saisis. Il s’agit également de 1780 biens mobiliers avec un taux de 43%. Le tribunal a ordonné la saisie de 1011 comptes bancaires ce qui représente 32% et cinq indices bancaires avec un taux de 0,16% des meubles 1780 transférés au taux de 43 %. La plupart des cas de corruption examinés sont liés à des marchés publics. Le projet de loi de finances 2025 réserve une enveloppe budgétaire considérable à la lutte contre la corruption et au contrôle des biens publics. Ce budget qui s’élève à 168 milliards de DA en engagements et à plus de 167 milliards de DA en crédits, est principalement destiné à couvrir les dépenses liées à l’activité judiciaire, à la gestion des prisons, à la répression de la corruption et à l’administration générale du secteur.
Plus spécifiquement, 88 milliards de DA seront alloués aux activités judiciaires, 74 milliards à l’administration pénitentiaire, 2,2 milliards à la lutte contre la corruption et 5,9 milliards à l’administration générale. Par ailleurs, 4 milliards de DA seront consacrés à la prévention et à la lutte contre la corruption, et un montant identique sera destiné au fonctionnement de la Haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption. Les fonds et les biens détournés par la îssaba et que les autorités judiciaires algériennes tentent de récupérer se trouvent dans 12 pays, a fait savoir la justice en 2021.
Les éloges des institutions financières internationales
L’autre volet et non des moindres, celui de l’économie, le chef de l’Etat a fait savoir que «17.000 projets d’investissements sont actuellement à l’étude au niveau du guichet unique», qu’il a décrit comme «l’ennemi juré de la corruption et de la bureaucratie». Il a indiqué dans la foulée que l’économie nationale «fait désormais l’objet d’éloges de la part des institutions financières et économiques internationales» précisant que l’Algérie a enregistré «le taux de croissance le plus élevé» du bassin méditerranéen. «Malgré les pronostics pessimistes, le classement de l’économie algérienne a été relevé par la Banque mondiale, et notre pays est désormais le troisième plus grand d’Afrique» dit-il, ajoutant que l’Algérie «deviendra prochainement le premier producteur africain de phosphate, avec une production prévue de 10 millions de tonnes par an».
Il a rappelé son engagement à renforcer les capacités industrielles du pays et à porter la contribution du secteur industriel au PIB à au moins 13 %, estimant que «le développement touche désormais directement le citoyen, notamment les jeunes». Il a réitéré sa volonté de promouvoir le rôle de la jeunesse dans la gestion des affaires publiques et de stimuler la création de startup, avant «d’atteindre 20.000 entreprises innovantes dans les années à venir». Mettant en avant les réalisations qui font la fierté de l’Algérie à tous les niveaux et dans tous les domaines, le président Tebboune a salué le «franc succès» de la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), accueillie récemment par l’Algérie. «Un événement où s’est concrétisée la volonté sincère de l’Algérie de contribuer à une intégration économique forte du continent africain», a-t-il estimé.
L’ANP, une armée redoutable
Saluant, par ailleurs, le niveau de «professionnalisme atteint par l’ANP et la place qu’elle occupe à l’échelle internationale», le président Tebboune a affirmé que l’Armée nationale populaire «est désormais redoutable, car elle a su s’adapter aux guerres hybrides et cybernétiques et à l’intelligence artificielle». Elle constitue aujourd’hui «une école supérieure de patriotisme, de défense farouche de notre liberté et de l’intégrité du territoire national, et de fidélité au message du 1er Novembre 1954», a-t-il ajouté. Dans le même sillage, il a évoqué le rôle majeur de l’ANP dans le développement national à travers l’industrie militaire, «ce qui en fait l’objet de l’admiration de plusieurs dirigeants africains ayant visité l’Algérie». Le président de la République a, par la même occasion, réaffirmé que «le climat favorable à l’investissement qui prévaut aujourd’hui en Algérie et l’afflux d’investisseurs nationaux et étrangers découle de la stabilité sécuritaire assurée par l’Armée nationale populaire et les forces de sécurité». Au sujet du rôle et de la modernisation de l’Armée nationale, il a affirmé que l’Algérie «entrera en 2026 dans une phase de modernisation électronique complète du pays» afin de «renforcer ses capacités défensives».
Pour le président de la République, «puissance économique et puissance militaire vont de pair. L’Etat qui veut préserver sa souveraineté et l’indépendance de ses positions doit avoir une économie forte et une armée forte», a-t-il soutenu, louant les efforts consentis par l’institution militaire et saluant hautement «les sacrifices et le professionnalisme du Haut commandement de l’ANP dans l’accomplissement de ses nobles missions de défense de notre pays, de sa souveraineté et de l’intégrité de son territoire». Ces efforts ont permis, a-t-il dit, de «franchir des étapes considérables dans le processus d’édification de l’Algérie nouvelle et victorieuse» et d’ «avancer d’un pas sûr et confiant sur la voie du renforcement des vecteurs de l’essor stratégique de notre pays, grâce au dévouement, à la loyauté et à l’abnégation de ses enfants qui resteront fidèles au message de nos glorieux aïeux, mais aussi les martyrs du devoir national qui ont préservé l’Etat algérien et son caractère républicain». A cette occasion, le président de la République a affirmé que l’Armée nationale, qui s’est adaptée aux guerres hybrides et cybernétiques et à l’intelligence artificielle, «constitue aujourd’hui une école supérieure de patriotisme, de défense farouche de notre liberté et de l’intégrité du territoire national, et de fidélité au message du 1er Novembre 1954». Il a, en outre, salué le rôle de l’ANP et des différentes institutions sécuritaires dans la lutte contre le fléau des stupéfiants, qui vise à «saper les fondements de la société, notamment la jeunesse», en tentant d’ «inonder l’Algérie de drogues pour anéantir l’avenir du pays et son principal pilier : la jeunesse».
«L’Etat ne renonce pas à son caractère social»
Sur l’avenir du pays à la lumière des projections selon lesquelles il devrait atteindre 50 millions d’habitants dans les trois prochaines années, le président de la République a insisté sur la nécessité de «créer de nouvelles richesses, de conforter la stabilité nationale et de poursuivre les efforts visant à garantir la sécurité alimentaire, l’autosuffisance en produits de base, ainsi que l’accès au logement et à l’emploi». Dans ce cadre, le président de la République a assuré que l’Etat «ne renonce pas à son caractère social, malgré les répercussions financières croissantes, et œuvrera à l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens par le biais de nouvelles augmentations dans les salaires et certaines allocations». Au volet international, le président de la République a estimé que les transformations rapides qui s’opèrent aux niveaux régional et international «nous imposent, plus que jamais, de réaffirmer notre détermination à relever les défis et à remporter les enjeux, à travers une prise de conscience élevée et une mobilisation sans faille au service des intérêts suprêmes du pays».
L’entité sioniste visait l’Algérie
Après avoir réaffirmé que les frontières nationales sont sécurisées grâce à la puissance et à la vigilance de l’Armée nationale, le président Tebboune a assuré que «l’Algérie n’a pas atteint le point de non-retour dans ses relations avec certains pays du Sahel», soulignant «l’importance de préserver les relations de voisinage et de tenir compte des relations de coopération historiques». Il s’est également félicité des bonnes relations bilatérales que l’Algérie entretient avec les pays du Golfe, «à l’exception d’un seul pays», réaffirmant que l’Algérie «rejette toute ingérence dans ses affaires internes». Le président Tebboune a révélé une information inédite jamais évoquée auparavant par un haut responsable : l’entité sioniste avait élaboré un plan pour bombarder le Club des Pins, dans la banlieue ouest d’Alger, en 1988.
Il a évoqué le soutien historique de l’Algérie à la cause palestinienne, affirmant que ce projet israélien était motivé par l’accueil, par l’Algérie, de la session du Conseil national palestinien le 15 novembre 1988 au Club des Pins, au cours de laquelle le leader palestinien Yasser Arafat a proclamé la création de l’État de Palestine, sur la base de la résolution onusienne de 1947 sur le partage de la Palestine.
Mahmoud Tadjer
