Derrière la promesse de paix, une évidence s’impose : la guerre a laissé un champ de ruines physiques et morales.
Après plus de 700 jours d’une guerre dévastatrice, un cessez-le-feu est enfin entré en vigueur à Ghaza. L’accord, obtenu sous médiation américano-qatarie, égyptienne et turque, marque la fin d’un cycle de violence qui a coûté la vie à plus de 67 000 Palestiniens, pour la plupart des femmes et des enfants. Mais si le silence des armes ramène un espoir fragile, il ouvre aussi une phase complexe : celle de la reconstruction, de la justice et du retour à la vie.
Dans les rues de Ghaza, des milliers de déplacés se sont dirigés vers le nord, vers des quartiers qu’ils ne reconnaissent plus. Les ruines s’étendent à perte de vue, les infrastructures sont détruites, et les familles cherchent encore sous les décombres les corps de leurs proches. Derrière la promesse de paix, une évidence s’impose : la guerre a laissé un champ de ruines physiques et morales.
Un accord sous haute surveillance
L’accord de cessez-le-feu, proposé par le président américain Donald Trump et approuvé par le gouvernement sioniste après d’âpres débats, prévoit le retrait complet de l’armée sioniste vers la «ligne jaune» dans un délai de 24 heures, l’échange d’otages et de prisonniers, ainsi que l’entrée immédiate de l’aide humanitaire.
Un mécanisme de supervision internationale sera mis en place, impliquant les États-Unis, le Qatar, l’Égypte et la Turquie. Le président Recep Tayyip Erdoğan a d’ailleurs affirmé que la Turquie assumerait la responsabilité de surveiller la mise en œuvre de l’accord, insistant sur «l’importance d’appliquer toutes les clauses». Il a averti qu’un retour aux massacres à Ghaza aurait un prix très lourd.
Depuis Paris, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Sheikh Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, a appelé à «garantir l’application complète de l’accord» et à œuvrer pour une paix durable qui mettra fin à la souffrance des Palestiniens.
Le président français Emmanuel Macron a salué la médiation de Doha et a exprimé le soutien total de la France à la mise en œuvre de l’accord.
Son homologue espagnol, José Manuel Albares, a rappelé que la paix au Moyen-Orient ne sera possible que par la création d’un État palestinien viable, englobant la Cisjordanie et Ghaza, avec Al Qods-Est pour capitale.
De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer a exhorté à lever toutes les restrictions sur l’aide humanitaire et à appliquer sans délai les termes du cessez-le-feu.
L’Union européenne, par la voix de son porte-parole, a également annoncé être prête à intervenir rapidement pour soutenir la reconstruction et la sécurité, «si le cessez-le-feu se maintient».
Une paix encore fragile
Malgré ces annonces, le terrain reste hautement instable. Des sources à Ghaza ont fait état de tirs sionistes sporadiques, notamment dans le quartier de Sheikh Radwan, tandis que les forces d’occupation poursuivent leur retrait progressif.
Le ministère de l’Intérieur de Ghaza a pour sa part déclaré que ses forces commenceront à se déployer dans les zones évacuées pour rétablir l’ordre et la sécurité, appelant les citoyens à suivre les consignes officielles.
La question des prisonniers demeure également au cœur des négociations. L’accord prévoit la libération de 20 Sionistes vivants contre 2 000 Palestiniens, dont 250 condamnés à perpétuité – parmi eux, Marwan Barghouti, Abdallah Barghouti, Ibrahim Hamed, Ahmad Saadat et Abbas Al-Sayyed. L’entité sioniste a déjà publié les listes des détenus à libérer, tandis que le Bureau palestinien des prisonniers affirme qu’aucune liste définitive n’a encore été validée.
Pour beaucoup d’observateurs, ce cessez-le-feu marque la fin d’une ère de terreur et le début d’une nouvelle incertitude. Dans un discours empreint d’émotion, des intellectuels palestiniens ont rappelé que «le 7 octobre 2023 restera comme la date où l’image de l’entité sioniste, État prétendument démocratique, a volé en éclats».
Le monde a vu, selon eux, le vrai visage de l’occupation : celui d’un État qui, au nom de sa sécurité, a perpétré des massacres d’une ampleur inédite.
Mais ce même jour a aussi montré que la supériorité militaire sioniste n’est plus un absolu, face à la résilience et la détermination d’un peuple sans armes lourdes mais animé d’une foi inébranlable.
Deux ans après le début du conflit, la question n’est plus de savoir si la guerre «en valait la peine», mais ce qu’elle a révélé : un basculement profond dans la conscience mondiale, où l’entité sioniste apparaît désormais comme un fardeau moral pour l’humanité, et où la cause palestinienne a retrouvé son statut universel de combat pour la dignité.
Assia M.
