Le régime du Makhzen a choisi d’opposer la répression aux revendications légitimes au lieu de l’écoute, et les matraques au lieu du dialogue.
Entre grogne sociale, défaillance des services publics et paralysie des secteurs clés, le Maroc semble s’enliser dans une crise systémique. La colère gronde dans la rue. Malgré la répression, le Maroc est secoué depuis fin septembre par un mouvement social qui prend de l’ampleur. Des jeunes du collectif «Gen Z 212» continuent de battre le pavé en exprimant leur colère et leur désaroi dans plusieurs villes marocaines pour la deuxième semaine consécutive pour demander de meilleurs services publics de santé et d’éducation. Dans toutes les villes du Maroc, les mêmes slogans sont scandés tels que «le peuple veut la fin de la corruption» ou encore «liberté, dignité et justice sociale» outre «le peuple veut l’éducation et la santé», ainsi que le départ du chef du gouvernement Aziz Akhannouch. Des manifestations réprimés par les services d’ordre du Makhzen. Des revendictions intervenant dans un contexte d’absence totale de vision du makhzen pour apaiser la situation critique qui s’aggrave, conséquence de plusieurs années d’échecs à tous les niveaux. Les manifestants dénoncent la précarité sociale croissante, marquée par une hausse de la pauvreté, du chômage et une corruption généralisée. En contrepartie, le makhzen a choisi de recourir à une approche sécuritaire violente : intimidation, répression, arrestations…Bien que le groupe de jeunes «Génération Z», qui mène les manifestations, ait insisté sur le caractère pacifique de ses actions. Ainsi, au royaume du «Commandeur des Croyants», les vagues de colère se succèdent, en dépit du fait que le régime a choisi la répression aux revendications légitimes au lieu de l’écoute, et les matraques au lieu du dialogue. Les forces de l’ordre sont même allées jusqu’à tirer à balles réelles sur des manifestants pacifiques, provoquant la mort de quatre personnes et faisant plusieurs blessés.
Une génération numérique
Contrairement aux années précédentes, cette colère n’est pas portée par des partis d’opposition ou des syndicats professionnels, mais par une nouvelle génération numérique baptisée «Génération Z 212». Né dans un contexte national marqué par des critiques adressées au gouvernement concernant le secteur de la santé, le mouvement a également émergé dans un contexte international caractérisé par l’inflation, les répercussions économiques du conflit russo-ukrainien et des accords d’Abraham. En somme, un mouvement qui prend les plateformes numériques comme point de départ de sa coordination et de sa mobilisation. Pourtant, ils restent souvent apolitiques, dans le sens où ils ne sont pas membres de partis politiques et, parfois même, entretiennent une perception négative à l’égard des partis et des acteurs politiques, en particulier envers les élus locaux.
De la rue au Conseil de sécurité
Face à ces développements graves, des voix se sont élevées pour dénoncer l’usage excessif de la force et exiger l’ouverture d’une enquête judiciaire urgente sur toutes les atteintes à la vie ou à l’intégrité physique des manifestants.
Dans ce contexte, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exprimé sa profonde préoccupation face aux violences survenues lors des manifestations récentes au Maroc. D’autant que des observateurs estiment que le régime marocain adopte une politique de fuite en avant, refusant d’écouter la rue, préférant faire diversion avec des déclarations gouvernementales sur un soi-disant «dialogue», alors que les manifestants exigent clairement la démission du gouvernement Akhannouch, l’accusant de ne pas avoir protégé les droits constitutionnels des Marocains ni répondu à leurs revendications sociales.
Auparavant, plusieurs organisations internationales des droits humains avaient condamné la répression exercée par les forces du makhzen contre les manifestants pacifiques. L’Organisation mondiale contre la torture, ainsi que 14 autres ONG internationales, ont qualifié ces actions de «crime politique manifeste», dénonçant la répression croissante menée par les autorités marocaines contre les manifestations pacifiques dans plusieurs villes du pays.
M.A.
