L’administration Trump a présenté fin septembre un plan en vingt points censé «mettre fin» à la guerre à Gaza.
Par R. Malek
À première vue, il promet un cessez-le-feu, la libération des otages et la reconstruction, mais la mécanique du texte et la façon dont il a été réécrit avant d’être rendu public révèlent une réalité tout autre : un instrument politique qui satisfait les objectifs de guerre de Tel-Aviv tout en marginalisant les garanties internationales et les amendements proposés par les pays arabes et musulmans, et qui transforme une offre de paix en un ultimatum aux conséquences explosivement asymétriques.
Un texte remodelé en faveur de l’entité israélienne
Selon plusieurs comptes rendus médiatiques, la version finale présentée au public diffère sensiblement du texte que certains pays arabes et musulmans avaient contribué à élaborer : des modifications ont été apportées qui inscrivent prioritairement la démilitarisation de Ghaza et la défaite du Hamas, tout en garantissant peu, voire rien, sur des protections juridiques contraignantes pour la souveraineté palestinienne ou la mise en œuvre d’un État palestinien. Autrement dit, le texte offre des concessions politiques et sécuritaires correspondant aux «cinq objectifs» avancés par l’entité sioniste, et écarte les «six modifications» réclamées par d’autres acteurs régionaux.
Un ultimatum horaire et ses implications
La communication du conseil de paix a également suggéré des délais très courts pour l’acceptation de l’offre, trois jours selon certaines déclarations, transformant ce qui devrait être une négociation complexe en un ultimatum. Le message est clair : soit le Hamas se désarme, se dissout et rend les otages dans un laps de temps compté, soit la responsabilité des suites du conflit retombe entièrement sur lui. Ce cadrage réduit toute marge de manœuvre politique, humanitaire et juridique pour la société civile palestinienne et pour les autorités internationales pouvant garantir une transition pacifique.
Quand la «solution» remplace la solution
Cet apparent cavalier seul intervient alors même que la communauté internationale, via la conférence de New York et la «New York Declaration» avait tenté, cet été, de relancer une démarche en faveur d’une solution à deux-États assortie de mécanismes de suivi. Cette initiative multilatérale, bien qu’elle soit non contraignante, cherchait à poser un cadre plus équilibré pour aboutir à la création d’un État palestinien et prévenir l’effacement progressif des droits nationaux des Palestiniens. Or, l’offre Trump-Netanyahu vient fragiliser ces efforts : elle verrouille les conditions de sécurité au détriment des garanties politiques et institutionnelles nécessaires à l’émergence d’un État palestinien viable.
Vers quel dessein stratégique ?
L’analyse politique est implacable : lorsqu’un plan de «paix» satisfait point par point les objectifs militaires et territoriaux d’un État en guerre, qu’il minimise les contre-engagements juridiques, et qu’il soumet l’adversaire à un ultimatum impossible à tenir sans capitulation totale, il laisse apparaître une stratégie à moyen terme. Plutôt qu’un cadre de règlement, ce type d’offre fonctionne comme un instrument pour isoler et neutraliser politiquement la population palestinienne et ses institutions et, pour le dire crûment, pour rendre l’idée d’un État palestinien libre et souverain progressivement chimérique. Les déclarations récentes de responsables sionistes, ainsi que la permissivité affichée par certains alliés, alimentent cette lecture.
Les risques humains et politiques
L’ultimatum tel qu’énoncé promet non seulement la poursuite des opérations militaires en cas de refus, mais ouvre aussi la porte à des changements démographiques et territoriaux irréversibles si l’on autorise, voire encourage, l’extension de l’emprise des colons en Cisjordanie. Le résultat pourrait être double : une dynamique de violence prolongée à Ghaza assortie d’un grignotage territorial en Cisjordanie rendant toute négociation d’avenir impossible. Les mécanismes judiciaires et diplomatiques internationaux, déjà mis à l’épreuve, risquent d’être court-circuités par la logique binaire de «se rendre ou être anéanti».
Que faire et que dire ?
La seule voie crédible vers une paix durable passe par des garanties juridiques contraignantes, une mise en place d’observateurs et de mécanismes de vérification internationaux, la protection des droits humains et un calendrier politique permettant la renaissance d’institutions palestiniennes légitimes, pas par des ultimatums qui exigent la capitulation d’une partie au détriment de l’avenir politique. La communauté internationale, notamment les pays signataires de la «New York Declaration», doit s’élever contre toute réécriture d’un accord qui viderait de sens la perspective d’un État palestinien. Sans cela, l’offre présentée comme un «plan de paix» risque fort d’être le masque d’un stratagème géopolitique aux coûts humains et politiques incommensurables.
Présenter aujourd’hui l’alternative comme binaire, capitulation totale du Hamas en 72 heures sinon la «légitimité» d’une poursuite militaire sans limite, c’est renoncer à la diplomatie et à la justice internationale. C’est aussi préparer l’effritement définitif des espoirs palestiniens d’État. Un plan de paix qui ne protège pas la dignité, les droits et l’existence politique d’un peuple n’est pas une paix : c’est une feuille de route pour l’absence de paix. Les responsables politiques et les médias ont la responsabilité d’exiger la transparence du texte, des garanties juridiques et la remise sur la table d’un processus multilatéral crédible, sans quoi la «paix» promise ne sera que l’écrin d’un désastre annoncé.
R.M.
