Cette décision de Londres et de ses alliés met en lumière les fractures persistantes entre l’Europe et les États-Unis.
La décision prise par la Grande-Bretagne, l’Australie et le Canada de reconnaître officiellement l’État palestinien, bientôt suivie par le Portugal, a provoqué une vague d’enthousiasme parmi les Palestiniens et les défenseurs de leur cause. À Londres, le Premier ministre, Keir Starmer, a présenté ce choix comme un acte porteur «d’espoir pour la paix», rejoignant ainsi plus de 150 pays dans le monde. Mais derrière cette annonce au retentissement diplomatique certain, de nombreux observateurs s’interrogent : cette reconnaissance aura-t-elle un effet concret sur le terrain, alors que la guerre fait toujours rage à Ghaza et que l’expansion coloniale en Cisjordanie se poursuit ?
Pour Chris Doyle, directeur du Conseil pour la compréhension arabo-britannique, l’initiative britannique, bien que saluée, reste «un échec» faute de mesures d’accompagnement. Selon lui, l’entité sioniste n’a aucune raison de modifier sa politique et pourrait même accélérer ses projets, notamment l’annexion partielle ou totale de la Cisjordanie. Dans le même sens, l’universitaire palestinien Bilal al-Shobaki rappelle que les dirigeants sionistes ont anticipé ces reconnaissances en affichant clairement leur volonté d’enterrer toute perspective de création d’un État palestinien.
Les faits sur le terrain viennent renforcer ces craintes. Le ministère de la Santé à Ghaza a annoncé que 326 Palestiniens avaient péri dans de nouveaux bombardements, portant le bilan à des niveaux insoutenables. Face à cette tragédie, nombre de voix estiment que seule l’imposition de sanctions pourrait infléchir la position sioniste.
Londres appelée à aller plus loin
À Londres, la députée travailliste Sarah Champion a plaidé pour que la reconnaissance de la Palestine ne soit pas un simple geste symbolique, mais l’amorce d’un véritable leadership international. Elle appelle la Grande-Bretagne et ses partenaires à œuvrer pour l’octroi d’un siège plein et entier à l’État palestinien à l’ONU, aujourd’hui bloqué par le veto américain au Conseil de sécurité. Selon elle, l’entité sioniste doit être rappelée à ses obligations en vertu du droit international, qui interdit la colonisation de territoires occupés.
De son côté, le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Mustafa Barghouti, souligne que cette reconnaissance, bien que tardive, marque une première étape vers la correction de la «grande faute» du mandat britannique et de la Déclaration Balfour. Mais il insiste sur le fait que la valeur réelle de cette décision dépendra de l’adoption de mesures contraignantes contre l’entité sioniste, pour stopper la guerre à Ghaza et mettre fin aux agressions de colons en Cisjordanie. Il y voit aussi une opportunité pour les Palestiniens d’unir leurs rangs et de tourner la page des divisions internes.
À l’échelle internationale, cette décision de Londres et de ses alliés met en lumière les fractures persistantes entre l’Europe et les États-Unis. Washington reste campé sur sa position traditionnelle, refusant toute reconnaissance unilatérale de la Palestine et continuant de brandir son veto au Conseil de sécurité. Cette divergence alimente un débat plus large sur l’avenir de la diplomatie occidentale au Moyen-Orient : certains pays veulent agir pour répondre à l’urgence humanitaire, d’autres préfèrent préserver leur alliance stratégique avec l’entité sioniste.
Dans le monde arabe, la reconnaissance a été accueillie comme une avancée positive, même si beaucoup de responsables estiment qu’elle ne doit pas servir d’alibi à l’inaction. Plusieurs capitales considèrent que le temps presse et que la survie du peuple palestinien est en jeu. Pour elles, l’arrêt immédiat de la guerre à Ghaza doit rester la priorité absolue.
Pour de nombreux analystes, l’enjeu dépasse donc la seule reconnaissance formelle. Celle-ci renforce sans doute l’isolement international de l’entité sioniste, mais restera lettre morte sans pressions politiques et économiques tangibles. L’évolution du conflit dépendra en grande partie de la capacité de la communauté internationale à dépasser le stade des symboles pour imposer des décisions fermes. Car tant que le Premier ministre sioniste Benyamin Netanyahou poursuivra sa politique de survie politique en entretenant la guerre, le geste de Londres et de ses alliés ne sera qu’une avancée inachevée.
Assia M.
