La résolution exigeait un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent à Ghaza
Pour la sixième fois depuis le début de la guerre, il y a deux ans, les États-Unis se sont opposés, jeudi à New York, à l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution appelant à un cessez-le-feu à Gaza. Soutenu par 14 des 15 membres du Conseil, le texte a été rejeté en raison du veto américain, privilège de membre permanent qui permet de bloquer toute initiative, quel que soit le soutien recueilli.
L’ambassadeur Amar Benjamaa, représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, a dénoncé cet échec, le qualifiant de «nouvelle tâche sur la conscience de l’humanité». Dans un discours empreint d’émotion, il a présenté ses excuses au peuple palestinien, en particulier à Gaza : «Pardonnez-nous, car le monde parle de droits mais vous les refuse», a-t-il déclaré. «Pardonnez-nous, car nos efforts sincères ont été réduits à néant par ce rejet. Malgré ces efforts, le Conseil de sécurité ne vous a offert aucune assistance.»
Le diplomate algérien a attribué cette paralysie au fait que l’entité sioniste est «protégée et échappe à toute sanction, non pas en vertu du droit international, mais en raison de la partialité de notre système international». Il a dénoncé les crimes quotidiens commis contre un peuple entier : assassinats, famine organisée, bombardements d’hôpitaux, d’écoles et d’abris, attaques contre des médiateurs et sabotage des efforts diplomatiques, le tout dans une indifférence internationale totale.
Évoquant les génocides du Rwanda (1994) et de Bosnie (1995), Amar Benjamaa a mis en garde contre une répétition de l’histoire : «Ce Conseil a déjà failli deux fois à prévenir un génocide. Aujourd’hui, nous sommes au bord d’un troisième échec. À cet instant, il n’y a pas d’ambiguïté : chacun doit choisir d’agir pour stopper le génocide ou d’être compté parmi les complices.» Il a conclu en rappelant que «l’histoire ne jugera pas nos discours, mais nos actes».
Le Conseil paralysé
Le représentant palestinien a, de son côté, estimé que le «silence du Conseil» portait «un coût immense pour sa crédibilité», le veto américain empêchant l’organe onusien d’assumer sa mission de protection des civils. Il a ajouté que «lorsqu’il s’agit de crimes contre l’humanité, l’utilisation du droit de veto ne devrait tout simplement pas être autorisée».
Ce privilège, dont disposent également la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, est jugé antidémocratique par de nombreux pays, d’autant qu’il condamne souvent le Conseil à l’inaction sur des dossiers nécessitant des décisions urgentes. C’est le cas de la guerre à Gaza, où, en près de deux ans, plus de 60.000 Palestiniens ont été tués par l’armée d’occupation. Le Conseil, réduit au rôle de spectateur, apparaît incapable de répondre à la tragédie, paralysé non par ses mécanismes internes, mais par la volonté d’une seule délégation.
Le génocide continue
Profitant du blanc-seing accordé depuis plusieurs années par Washington, l’État sioniste poursuit son entreprise de destruction à Gaza. L’armée d’occupation mène d’intenses bombardements sur la ville, appuyés depuis mardi par une offensive terrestre et aérienne de grande ampleur. Rien que dans la journée de jeudi, au moins 14 morts ont été recensés, selon des sources médicales citées par l’agence de presse palestinienne Wafa. De nouveaux ordres d’évacuation ont par ailleurs été émis pour pousser la population vers le sud, tandis que des frappes ont également visé cinq localités au sud du Liban.
Dans le même temps, certaines chancelleries occidentales, soucieuses de soigner leur image, s’apprêtent à reconnaître un État palestinien lors des travaux de l’ONU cette semaine. Mais faute de sanctions immédiates, ces démarches risquent d’aboutir non pas à la reconnaissance d’un État vivant, mais à celle d’un immense cimetière.
Saïd S.
