Placée sous l’égide de l’Union africaine, de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), cette édition réunit plus de 2.000 entreprises représentant 140 pays, dont 200 algériennes. Près de 35.000 visiteurs professionnels sont attendus, et les organisateurs ambitionnent de conclure des accords commerciaux et d’investissement d’une valeur estimée à 44 milliards de dollars.
La cérémonie inaugurale, marquée par la présence de plusieurs chefs d’État africains, de hauts responsables et de délégations de haut niveau, a été ponctuée par un discours volontariste du président Tebboune, affirmant que «l’Afrique, c’est l’avenir» et que l’Algérie jouera pleinement son rôle dans la construction de ce futur commun.
Un contexte mondial délicat
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a affirmé que l’Algérie était fière d’accueillir la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025). Il a souligné que cet événement continental se tient dans «une conjoncture mondiale très sensible et délicate, où les événements s’accélèrent à un rythme sans précédent».
Tebboune a mis en garde contre «l’accroissement des risques d’effondrement du système des relations internationales actuel, désormais menacé dans son existence, dans son essence et dans les fondements et les institutions politiques, sécuritaires, voire économiques qui le sous-tendent». Dans ce contexte, il a exprimé sa crainte que l’Afrique ne soit une nouvelle fois «parmi les principales victimes de cette dégradation de la situation», rappelant «la marginalisation de la voix et du rôle du continent dans le processus de refonte de l’ordre mondial, malgré ses ressources, ses potentialités et ses énergies».
L’Afrique représente l’avenir
Convaincu que l’Afrique peut inverser cette tendance, le président Tebboune a affirmé que «l’Afrique représente l’avenir» et que «l’Algérie contribuera activement aux efforts visant à relever le défi du développement du continent». Selon lui, la rencontre d’Alger est «bien plus qu’un simple événement économique», elle constitue «l’incarnation de la conscience collective qui nous anime tous pour édifier un continent intégré, à la volonté forte et pleinement actif dans son environnement régional et international».
Il a rappelé les acquis enregistrés ces deux dernières décennies, tels que «l’activation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’adhésion de l’Union africaine (UA) au G20 et l’établissement de partenariats avec les grandes puissances et organisations économiques mondiales». Toutefois, il a insisté qu’«il reste du chemin à parcourir pour réparer les injustices historiques envers l’Afrique et lui permettre de prendre la place qui lui sied dans l’économie mondiale».
Les chiffres d’une marginalisation économique
Le président Tebboune a dénoncé la faiblesse des parts que détient l’Afrique dans les institutions internationales et dans les échanges mondiaux. Il a rappelé que le continent ne dispose que de 6,5 % des droits de vote au sein du Fonds monétaire international (FMI), la proportion la plus faible de cette organisation, et de seulement 11 % à la Banque mondiale. Sa part dans le commerce mondial reste, elle aussi, insignifiante, ne dépassant pas 3 %, alors même que l’Afrique recèle près de 30 % des ressources naturelles de la planète et compte plus de 1,5 milliard d’habitants, ce qui en fait un immense marché émergent. Quant au flux des investissements mondiaux, la part africaine ne dépasse pas les 94 milliards de dollars par an, soit moins de 6 % du total, ce que le chef de l’État a qualifié de «plus faible part au monde».
Il a également évoqué «le profond manque en infrastructures de transport, d’énergie, de communication et de financement», estimant que ces obstacles doivent «constituer une motivation supplémentaire pour mobiliser nos capacités collectives et transformer notre réalité en succès».
L’Algérie en première ligne des projets structurants
Dans cette dynamique, le président Tebboune a mis en avant les efforts de l’Algérie à travers plusieurs mégaprojets structurants au service du continent. Il a cité la route transsaharienne, véritable artère de liaison entre le nord et le sud de l’Afrique, ainsi que le gazoduc reliant l’Algérie au Nigeria, destiné à garantir l’approvisionnement énergétique de plusieurs pays africains. Il a également évoqué la dorsale transsaharienne en fibre optique, un projet stratégique pour renforcer la souveraineté numérique du continent. Sur le plan du transport ferroviaire, il a mentionné la ligne reliant Adrar au Mali et celle reliant Tamanrasset au Niger. À ces réalisations s’ajoutent le lancement de liaisons aériennes et maritimes entre les capitales africaines, ainsi que l’implantation de banques algériennes dans différents pays du continent, autant d’initiatives visant à favoriser l’intégration économique et le développement partagé.
Il a aussi rappelé que l’Algérie avait créé cinq zones franches avec ses pays voisins du Maghreb et de la région sahélo-saharienne, et formé depuis l’indépendance pas moins de 65.000 cadres africains.
Le président a mis en avant le geste solidaire de l’Algérie qui a effacé récemment les dettes de 14 pays africains, d’une valeur de 1,5 milliard de dollars. «Cela illustre notre orientation africaine et notre conviction que l’avenir du continent repose sur notre capacité collective à mettre en place une infrastructure intégrée», a-t-il insisté.
Un appel à la souveraineté économique
Pour Tebboune, la priorité est de créer «un climat d’investissement favorable à tous», à travers « la conjugaison des efforts, la mobilisation des énergies et l’unification du processus pour transformer la ZLECAf en un véritable outil de développement».
Il a exhorté les pays africains à «produire leur propre nourriture, investir leurs richesses au profit de leurs enfants et prendre la place qui leur revient de droit dans le monde d’aujourd’hui et de demain».
Avec conviction, il a martelé : «Je vous le dis avec le cœur : nous œuvrons pour un réel développement africain».
L’Afrique n’est pas un champ d’expérimentation militaire
Dans un message fort, le président a averti : «L’Afrique n’est pas un champ d’expérimentation des armes étrangères». Selon lui, la véritable priorité du continent réside dans le développement : «Celui qui veut mettre fin à l’immigration dite ‘irrégulière’ n’a qu’à nous aider à investir et à offrir des opportunités d’emploi aux jeunes africains, pour que la situation actuelle, qui révèle clairement l’injustice du monde à l’égard de l’Afrique, s’améliore».
Une jeunesse au cœur du projet continental
Interrogé par la presse à l’issue de la cérémonie, le président Tebboune a insisté : «Cet événement est organisé pour la jeunesse». Rappelant que «les jeunes constituent 70 % de la population africaine», il a affirmé qu’ils «doivent jouer un rôle de premier plan dans l’édification du continent».
Un nouveau départ pour l’IATF
En conclusion, le président Tebboune a invité les dirigeants africains à faire de cette édition «un nouveau départ et une ère renouvelée où nous nous donnons la main pour avancer à pas sûrs vers une Afrique forte, solidaire et prospère».
Assia M.
