Derrière les murs feutrés des palais royaux marocains, une bataille silencieuse mais décisive se joue : celle de l’après-Mohammed VI.
Par Rédaction de Crésus
Entre la santé fragile du souverain et l’absence de consensus au sein du makhzen, la question de la succession s’impose avec une intensité croissante. Alliances occultes, influences étrangères et rivalités familiales redessinent les cartes d’un trône très convoité.
Hasna, la princesse soutenue par les réseaux sionistes
Parmi les figures en lice, la princesse Hasna, sœur cadette de Mohammed VI, bénéficie d’un appui discret mais puissant : celui des réseaux juifs et sionistes internationaux. Selon plusieurs observateurs, ce soutien s’explique par la proximité historique du Maroc avec la diaspora juive et par le rôle-clé de conseillers comme André Azoulay, architecte de longue date du dialogue maroco-israélien.
L’entité israélienne, qui n’a pas encore officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, verrait en Hasna une garante de continuité et de stabilité. Son profil jugé «conciliant» rassurerait Tel-Aviv, qui redoute des orientations moins favorables de la part d’autres prétendants au trône.
Le prince héritier Hassan III : la logique dynastique
Officiellement, le successeur légitime reste le fils de Mohammed VI, le prince héritier Moulay Hassan (que certains appellent déjà «Hassan III»). Son jeune âge – 22 ans – et son manque d’expérience politique soulèvent toutefois des doutes sur sa capacité à gouverner seul dans un contexte régional complexe.
Beaucoup estiment qu’en cas d’accession au trône, le véritable pouvoir serait exercé par une régence composée de proches du roi et de piliers du makhzen. Reste à savoir si cette formule satisferait les puissances étrangères et les cercles économiques marocains, soucieux d’une stabilité déjà très fragile et méfiants face à une régence tiraillée par les rivalités internes.
Le prince Hicham, «le rebelle» courtisé par certains cercles
Autre figure de cette équation : le prince Hicham Alaoui, cousin germain de Mohammed VI, surnommé «le prince rouge» pour ses prises de position critiques vis-à-vis du régime. S’il vit en marge de la scène officielle, il demeure une alternative que certains cercles intellectuels et politiques, au Maroc comme à l’étranger, continuent de valoriser.
Ses idées de réforme et son image d’«outsider» séduisent une partie des élites occidentales. Toutefois, son hostilité ancienne vis-à-vis du makhzen en fait un candidat improbable dans la configuration actuelle.
Les puissances étrangères en embuscade
La succession marocaine dépasse le strict cadre familial : elle engage directement les équilibres régionaux.
L’entité israélienne observe attentivement, cherchant à placer ses pions pour consolider ses Accords d’Abraham et sécuriser ses positions économiques et militaires.
La France, partenaire historique mais affaibli par ses tensions diplomatiques récentes avec Rabat, voudrait éviter toute remise en cause de son influence traditionnelle.
Les États-Unis se tiennent officiellement neutres mais multiplient les consultations avec les différents clans. Washington veut un successeur capable de maintenir les accords stratégiques et de préserver les intérêts occidentaux face aux avancées de la Chine et de la Russie en Afrique.
Le rôle trouble d’Azoulay et des services
Dans ce jeu d’ombres, la silouette d’André Azoulay, conseiller influent de la monarchie et figure des réseaux juifs internationaux, reste centrale. Son carnet d’adresses, aussi bien à Tel-Aviv qu’à Paris et Washington, pourrait peser dans la balance en orientant discrètement le choix de la succession.
Par ailleurs, les services de renseignement marocains, redoutés pour leur efficacité, détiennent des dossiers sensibles qui leur donnent un poids décisif dans cette bataille d’héritage. Eux seuls peuvent arbitrer, au nom de la «stabilité du royaume», entre les différents prétendants.
Une équation encore ouverte
Rien n’indique aujourd’hui qui succédera effectivement à Mohammed VI. Le scénario le plus probable reste l’accession du prince héritier Moulay Hassan, sous tutelle d’un conseil de régence. Mais les soutiens internationaux à la princesse Hasna, les manœuvres de l’entourage d’Azoulay et les ambitions latentes du prince Hicham entretiennent une incertitude qui fragilise le makhzen.
La succession du trône alaouite ne se jouera pas uniquement dans les salons de Rabat, mais aussi dans les chancelleries de Paris, Washington et Tel-Aviv. Le Maroc est ainsi à la croisée des chemins : maintenir la continuité monarchique ou s’engager vers une recomposition inattendue.
La guerre de succession marocaine est moins une question d’héritage dynastique qu’un bras de fer mêlant famille royale, services de renseignement et puissances étrangères. Le trône de Rabat, plus que jamais, se joue à plusieurs mains.
R.C.
