En ramenant le débat à des oppositions artificielles, Makri ne fait que confirmer sa volonté de rester dans le jeu politique à travers la polémique.
Depuis son retrait de la présidence du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrazak Makri peine à retrouver une place centrale dans la vie politique nationale. Longtemps figure dominante du parti, il a nourri des ambitions qui allaient au-delà de la direction interne : certains de ses proches n’hésitent pas à évoquer sa volonté de s’éterniser à la tête du MSP, voire son aspiration à briguer la magistrature suprême. Mais aujourd’hui, le contraste est frappant : la nouvelle direction du mouvement semble vouloir tourner la page et rares sont ceux qui, au sein du MSP, souhaitent encore l’entendre.
Face à cette marginalisation progressive, Makri adopte une stratégie bien connue dans le champ politique algérien : provoquer le débat pour se maintenir dans l’espace médiatique. Son tempérament volcanique et son goût pour la polémique lui permettent d’exister, mais ils posent aussi la question de la crédibilité et de la cohérence de son discours. Ses interventions, souvent marquées par des coups de gueule intempestifs, traduisent une volonté de se distinguer à tout prix, même au risque de brouiller le débat de fond.
Sa dernière sortie en est l’illustration. Dans un article remarqué, il a affirmé que la Déclaration du 1er Novembre 1954 constituait «la référence éternelle et unique» de la Révolution algérienne, tout en accusant un supposé «courant laïc» de chercher à minimiser ce texte au profit du Congrès de la Soummam de 1956. Makri va plus loin, voyant dans cette démarche un «complot» contre l’identité arabo-islamique du pays. Ces propos, chargés d’arrière-pensées politiciennes, ont immédiatement déclenché des réactions, notamment de la part de la vox populi et le RCD qui l’a accusé de travestir l’histoire à des fins partisanes.
Pourtant, l’histoire de la Révolution nationale contredit cette lecture réductrice. La Déclaration du 1er Novembre et la plateforme de la Soummam ne s’opposent pas : elles se complètent. La première est une adresse au peuple, un texte fondateur qui appelle à l’unité et définit les objectifs de la lutte. La seconde est une feuille de route organisationnelle qui structure cette lutte, en instaurant une hiérarchie et une discipline indispensables. Confondre les deux, ou les mettre artificiellement en concurrence, relève non pas seulement d’une maladresse intellectuelle, mais d’une véritable malhonnêteté politique.
Ce type de manipulation illustre une tendance inquiétante : on assiste aujourd’hui à une instrumentalisation de l’histoire nationale, chaque courant politique tente d’y puiser ce qui sert son récit du présent. Or, la Révolution n’appartient à aucun camp particulier : elle est un patrimoine commun, bâti sur la complémentarité de Novembre et de la Soummam, deux étapes indissociables qui ont permis l’indépendance.
En ramenant le débat à des oppositions artificielles, Makri ne fait que confirmer sa volonté de rester dans le jeu politique à travers la polémique. Mais ses éclats de voix traduisent moins une vision constructive qu’une tentative de survivre médiatiquement. Et si ses sorties suscitent encore quelques réactions, elles révèlent surtout une réalité implacable : son influence réelle dans la scène politique algérienne s’est considérablement réduite, au point que son nom ne résonne plus que dans la controverse, et rarement dans la construction.
K.Bouhebaka
