«Ce qui me frappe quand je parle avec des journalistes de Ghaza, écrit la journaliste Nesrine Malik, c’est à quel point ils sont évangéliques et déchirants d’idéalisme. À quel point le journalisme, pour eux, demeure une vocation même face à une mort certaine.»
Par S. M.
Depuis des mois, Ghaza est plongée dans une guerre totale : contre les civils, contre les infrastructures, mais aussi contre ceux qui racontent la tragédie. Plusieurs figures du journalisme local ont été tuées dans des frappes sionistes, parmi lesquelles Hamza al-Dahdouh, Samer Abu Daqqa, Mohammed Qraiqea, Hossam Shabat et Anas al-Sharif… Les journalistes ghazaouis travaillent dans des conditions extrêmes : coupures d’électricité, menaces directes des services israéliens, bombardements ciblés. Certains, rapporte Al Jazeera, avaient même reçu des avertissements clairs : arrêter de couvrir la guerre ou mourir. Anas al-Sharif, l’un des derniers reporters tombés, avait confié avant sa mort avoir été plusieurs fois menacé et suivi par les services israéliens. Son message final, rappelle Malik, était «un texte pour ceux qui nous ont coupé le souffle», allusion non seulement à la suffocation physique, mais au silence imposé à tout un peuple.
Une stratégie d’effacement médiatique
Pour Nesrine Malik, l’objectif est clair : «Ces tueries ne visent pas seulement à stopper le flot de reportages et d’images, mais à annihiler l’image même de Palestiniens journalistes professionnels.»
L’auteure dénonce une logique de délégitimation systématique : toute information émanant de Ghaza est suspectée d’être manipulée par le Hamas, ce qui permet de discréditer les bilans humains ou les témoignages de terrain. Cette mécanique de suspicion, relayée jusque dans les médias occidentaux, offre à l’occupant sioniste une couverture narrative dans sa campagne militaire.
Le dernier bastion : la dignité du reportage
Pourtant, malgré les morts et les menaces, des voix continuent de se dresser. «Ils ne trahiront pas leur message ni leurs ultimes volontés», aurait confié l’un des collègues des journalistes assassinés. Cette persévérance est ce qui, pour Malik, empêche l’occupant de «réussir sa mission de faire disparaître la vérité à Ghaza». Chaque reportage, chaque image, chaque bilan collecté devient une trace historique qui échappe à l’effacement. La journaliste conclut avec une conviction : «Dans Ghaza, il y aura toujours quelqu’un d’assez courageux et clairvoyant pour continuer la couverture. Ceux qui portent ce fardeau savent qu’il les condamnent peut-être, mais leur ténacité fait d’eux les derniers garants d’une vérité qu’aucune bombe ne pourra enterrer.»
S.M.
