En Afrique, la richesse du sous-sol est souvent synonyme de potentiel économique immense. La Guinée-Conakry, géant incontesté de la bauxite, et l’Algérie, dotée d’un vaste éventail de minerais, illustrent parfaitement cette réalité. Bien que toutes deux aspirent à transformer leurs ressources en prospérité nationale, leurs parcours et stratégies minières présentent des contrastes fascinants.
Ce constat comparatif plongera au cœur des politiques, des défis et des ambitions de ces deux nations, révélant comment chacune tente de sculpter un avenir meilleur à partir de ce qu’elles ont sous les pieds.
Par Samir MÉHALLA
L’Algérie et la Guinée-Conakry, deux nations africaines, partagent une richesse souterraine considérable, mais leurs approches et la structure de leurs secteurs miniers divergents significativement. Alors que la Guinée est un poids lourd de la bauxite, l’Algérie, historiquement dominée par les hydrocarbures, cherche à diversifier son économie grâce à ses propres ressources minérales. Une comparaison de leurs secteurs met en lumière des stratégies, des défis et des potentiels distincts.
Bauxite contre diversité
La Guinée est incontestablement le champion mondial de la bauxite, détenant les deux tiers des réserves mondiales, estimées à 40 milliards de tonnes de très haute qualité. Cette richesse place le pays au deuxième rang des producteurs mondiaux et au cinquième rang des exportateurs. Au-delà de la bauxite, la Guinée possède également d’immenses gisements de fer (notamment le colossal Simandou, avec 20 milliards de tonnes de minerai à haute teneur), d’or (plus de 700 tonnes de réserves), de diamants (25 millions de carats prouvés), ainsi que du nickel, du titane, du calcaire et des indices d’uranium. Le secteur minier représente plus de 85% des exportations guinéennes et environ 20% des recettes publiques, en faisant une véritable locomotive économique.
Le potentiel minier algérien est aussi riche et varié, bien que moins dominé par un seul minerai que la Guinée. L’Algérie dispose de réserves importantes de phosphate (Djebel Onk, Bled El Hadba), de minerai de fer (Gara Djebilet, Ouenza), de plomb et de zinc (Oued Amizour, El Abed, Kherzet Youcef), d’or (Amesmessa, Tirek), de baryte, et d’indices d’uranium, de cuivre, d’antimoine, de manganèse, et de métaux rares comme le niobium et le tantale. Cependant, malgré cette diversité, la contribution du secteur minier (hors hydrocarbures) au PIB algérien est encore faible, avoisinant les 1%.
Règlementation et investissements
La Guinée a récemment entrepris une révision radicale de son secteur minier, marquée par la résiliation d’environ 120 (ou près de 200 selon certaines sources) contrats d’exploitation en mai dernier. Cette mesure, justifiée par le non-respect du Code minier et un désir d’assainissement, vise à garantir une meilleure application des lois, à maximiser les retombées nationales et à promouvoir la transformation locale. Les impératifs de cette «nouvelle donne» incluent une transparence accrue, un strict respect des normes environnementales et sociales, le développement du contenu local et du capital humain, ainsi qu’une transformation plus poussée du potentiel minéral sur place (raffinage de bauxite en alumine, par exemple). Le gouvernement cherche à attirer des investisseurs plus fiables et engagés sur le long terme.
Historiquement, le secteur minier algérien a été caractérisé par une forte implication de l’État et une réglementation stricte, notamment la règle 49/51 qui imposait une participation majoritaire algérienne dans les projets.
Cependant, l’Algérie a récemment approuvé une nouvelle loi autorisant jusqu’à 80% de participation étrangère dans les projets miniers, marquant une volonté claire d’attirer de nouveaux partenariats et d’ouvrir davantage le secteur aux investissements étrangers, en particulier dans le phosphate, le fer et les métaux rares. Cette réforme vise à revitaliser un potentiel minier largement sous-exploité et à diversifier les sources de revenus du pays. L’Agence Nationale des Activités Minières (ANAM) reste l’acteur central de la gestion du patrimoine minier et du contrôle des activités.
Défis et perspectives
Le principal défi de la Guinée réside dans la capacité du gouvernement à maintenir un environnement stable et prévisible après ces révocations massives, afin de ne pas décourager les investissements nécessaires pour l’exploitation de ses méga-projets comme Simandou. La volonté de transformation locale de la bauxite en alumine est une ambition louable mais qui exige des investissements colossaux et une expertise technologique significative. La lutte contre la corruption et l’optimisation des recettes pour le développement restent des enjeux majeurs.
Pour l’Algérie, le défi majeur est de passer d’une économie rentière dominée par les hydrocarbures à une économie diversifiée où le secteur minier jouerait un rôle plus conséquent. Les réformes du code minier sont un pas important pour attirer l’investissement, mais il faudra également développer les infrastructures, les compétences locales, et garantir une bonne gouvernance pour exploiter pleinement le potentiel identifié. Des projets d’envergure comme l’exploitation du phosphate de Djebel Onk et du fer de Gara Djebilet sont en cours, mais leur succès dépendra de l’attractivité du climat des affaires et de la capacité à conclure des partenariats solides.
L’Algérie et la Guinée, bien que différentes dans leurs priorités minérales et leurs structures économiques actuelles, convergent dans leur désir de mieux valoriser leurs ressources souterraines. La Guinée, déjà un acteur majeur de la bauxite, cherche à consolider sa position en imposant une meilleure conformité et en favorisant la transformation.
L’Algérie s’efforce de diversifier son économie en déverrouillant le potentiel de ses mines encore largement inexploitées, en ouvrant davantage la porte aux investisseurs étrangers. L’avenir dira laquelle de ces stratégies portera le plus de fruits en termes de développement économique durable et de bénéfices.
S.M.