Zones de libre-échange, relance des échanges commerciaux et lutte contre la contrebande : Alger et Tunis entendent renforcer leur intégration économique à travers de nouveaux mécanismes de coopération.
La coopération économique entre l’Algérie et la Tunisie franchit une nouvelle étape. La deuxième réunion du comité de suivi des recommandations de la Commission bilatérale pour le développement et la promotion des régions frontalières s’est ouverte hier dans la wilaya d’El Oued. Les discussions portent sur l’accélération des projets communs, la dynamisation des échanges commerciaux et l’amélioration des conditions de vie des populations frontalières.
La rencontre réunit les walis d’El Oued, Ouargla, Tébessa, Bir El Ater, Souk-Ahras et El Tarf, ainsi que les gouverneurs tunisiens de Tozeur, Gafsa, Le Kef, Kasserine, Jendouba, Kébili et Tataouine. Des représentants de ministères tunisiens, des responsables sécuritaires et douaniers, ainsi que la protection civile et l’équipement y participent. L’objectif est de lever les obstacles qui freinent les projets communs et de renforcer la coordination entre institutions. Commerce, énergie, transport, tourisme et industrie figurent parmi les priorités.
Les deux parties veulent faire des zones frontalières de véritables espaces d’échanges et d’investissement, capables de créer des activités et des emplois, et de réduire la dépendance des habitants aux circuits informels. La facilitation du passage aux postes frontaliers et des garanties juridiques pour les projets conjoints sont également à l’étude.
Des zones de libre-échange en perspective
Le ministre tunisien du Commerce, Mohsen Hassan, a annoncé que des zones de libre-échange devraient voir le jour dans 15 délégations le long de la frontière avec l’Algérie. Son ministère a finalisé une étude technique sur une zone commerciale et logistique franche frontalière, transmise à la partie algérienne, et l’entreprise chargée des études a été retenue.
De son côté, l’agence japonaise JICA estime possible la création d’au moins trois zones à Tozeur, au Kef et à Kasserine. Parmi elles figure la zone franche de Bouchebka, dans le gouvernorat de Kasserine, dont les travaux sont attendus à l’horizon 2027.
Ces infrastructures sont présentées comme un levier pour structurer les échanges, attirer les investisseurs et offrir aux opérateurs des circuits organisés. Elles devraient aussi contribuer à endiguer la contrebande et à réduire le poids de l’économie informelle, source de revenus pour une partie des habitants.
Des échanges commerciaux en forte progression
Selon le CEPEX à Alger, le commerce bilatéral a augmenté de 166 % en cinq ans pour atteindre 2,76 milliards de dollars. Ces chiffres ont été communiqués lors d’une mission d’affaires organisée du 22 au 24 septembre par la CONECT International et le CAP. L’Algérie est désormais le quatrième fournisseur de la Tunisie et son septième client.
Les exportations tunisiennes vers l’Algérie sont dominées par les industries mécaniques et électriques (56,53 %), devant les industries manufacturières (31,53 %) et l’agroalimentaire (7,05 %). Les importations tunisiennes en provenance d’Algérie concernent surtout les produits industriels et énergétiques. Quelque 43 entreprises tunisiennes sont implantées en Algérie, principalement dans la mécanique, l’électronique et les services.
Malgré les facilités douanières de l’accord préférentiel, qui peuvent atteindre 40 %, et celles de la GZALE, les opérateurs jugent que des marges de progression demeurent. Ils plaident pour une meilleure complémentarité des appareils productifs, notamment dans l’automobile, avec des composants tunisiens échangés contre des véhicules assemblés en Algérie.
Lever les obstacles à l’intégration
Au-delà des zones franches, il faut concrétiser les projets annoncés et surmonter les difficultés qui ont retardé certaines initiatives, comme le transport ferroviaire. La reprise des concertations traduit la volonté de remettre ces dossiers à l’ordre du jour. Pour Alger et Tunis, l’enjeu est de transformer la proximité géographique et la hausse des échanges en un partenariat structuré, fondé sur l’investissement productif et la complémentarité industrielle. L’Algérie envisage aussi des zones franches avec la Mauritanie, la Libye, le Mali et le Niger.
Tout dépendra de la capacité des deux pays à accélérer les procédures, à coordonner leurs administrations et à mobiliser les opérateurs économiques. La réunion d’El Oued doit contribuer à faire avancer les recommandations et à définir les conditions d’une mise en œuvre plus effective.
H. Adryen
