Tous les sites nucléaires en Iran ont-ils vraiment été détruits comme l’assure le président américain, Donald Trump, qui accuse les médias américains d’avoir menti. Quel impact ont eu les frappes américaines sur les installations nucléaires en Iran ? Difficile de le dire.
Pour l’heure, il est trop tôt pour évaluer les conséquences de la guerre de 12 jours entre l’entité sioniste et l’Iran. Cependant, il est d’ores et déjà possible de passer en revue certains éléments de ce «conflit». Mais à écouter le président américain Donald Trump, les sites nucléaires iraniens «sont complètement détruits». Une affirmation démentie par les médias américains. En effet, CNN et le NY Times ont publié un document confidentiel du renseignement américain mettant en doute les affirmations du président Trump. Selon les médias américains, les frappes menées par l’armée US n’auraient que «retardé» le programme nucléaire iranien de quelques mois mais sans le détruire. Selon les mêmes sources, les frappes n’auraient pas éliminé les centrifugeuses ou les stocks d’uranium enrichi iraniens. Elles n’auraient fait que sceller les entrées de certaines installations sans détruire les bâtiments souterrains. En effet, une évaluation préliminaire des services de renseignement américains a conclu que les frappes menées par les États-Unis le week-end dernier contre des installations nucléaires iraniennes n’auraient retardé le programme nucléaire de Téhéran que de quelques mois, selon trois sources proches du dossier s’exprimant auprès de Reuters, citant un premier rapport élaboré par la Defense Intelligence Agency (DIA), principale agence de renseignement du Pentagone et l’une des 18 agences de renseignement américaines.
Une évaluation remise en cause
L’évaluation américaine repose sur des images satellites. Aussi, l’ampleur des dégâts causés au site d’enrichissement d’uranium de Fordo, enfoui en profondeur, pourrait ne pas être pleinement visible. Une évaluation remise en cause par une source américaine qui affirme qu’elle n’était pas unanimement partagée et qu’elle suscitait des désaccords importants.
Tandis qu’un autre responsable américain, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a affirmé que les États-Unis ne connaissaient pas encore précisément l’ampleur des dégâts. Ainsi, l’évaluation initiale suggère néanmoins que les frappes pourraient ne pas avoir été aussi décisives, contrairement aux affirmations «fanfaronnades» de l’administration Trump. Mais même si les sites nucléaires iraniens ont été gravement endommagés, il ne faut pas crier victoire trop vite, avertit Bruno Comby, ingénieur en génie nucléaire, car il existe beaucoup d’inconnues. Sur la base d’images satellites commerciales prises après les frappes, David Albright, ancien inspecteur nucléaire de l’ONU et directeur de l’Institut pour la science et la sécurité internationale, a estimé, dans une publication sur X, que «l’Iran conserve la capacité de produire de l’uranium de qualité militaire».
Un personnel compétent
«Des matières enrichies qui ont été déménagées sans qu’on n’en sache ni où ni combien… La production des centrifugeuses, pareil, combien en ont-ils ? On ne sait pas», soutient Bruno Combyl. D’autant qu’une source américaine a indiqué que les stocks d’uranium enrichi de l’Iran n’avaient pas été détruits. «Impossible donc d’assurer que l’Iran soit aujourd’hui dans l’incapacité de poursuivre son programme nucléaire. D’autant plus que si les frappes israéliennes ont tué plusieurs scientifiques, le savoir-faire iranien n’est pas pour autant anéanti», analyse le général Jean-Claude Allard. Et de souligner que «les Iraniens disposent toujours de personnels compétents à la hauteur de 20.000 scientifiques. Avec les techniciens nucléaires qui travaillent sur ce programme, il y a la possibilité de reconstruire».
Enfin de compte, les armes sont posées mais rien n’est réglé. Beaucoup de questions restent en suspens, notamment sur les 408 kilos d’uranium enrichi à 60% qui pourraient servir, une fois transformés, de combustible pour alimenter une potentielle arme nucléaire.
Synthèse Badis B.