L’Algérie fait face à une nouvelle vague d’incendies de forêt et de végétation favorisée par des températures caniculaires dépassant localement les 48 °C.
Au cours des dernières heures, 147 départs de feu ont été recensés à travers plusieurs régions du pays, poussant les autorités à déclencher un dispositif d’urgence et à placer les services de la Protection civile en état de mobilisation générale.
La Direction générale de la Protection civile (DGPC) a diffusé, jeudi soir, une note d’urgence, ordonnant à l’ensemble de ses agents dans 45 wilayas, ainsi qu’aux éléments de l’Unité nationale de formation et d’intervention, de rejoindre immédiatement leurs postes afin de renforcer les capacités opérationnelles face à la multiplication des foyers.
Selon un premier bilan communiqué vendredi, 147 incendies de forêt, broussailles, maquis, cultures agricoles et palmeraies ont été enregistrés. Les équipes d’intervention sont parvenues à maîtriser 65 foyers, tandis que 46 incendies demeuraient actifs dans 18 wilayas, mobilisant d’importants moyens terrestres ainsi que des avions et hélicoptères bombardiers d’eau.
La Protection civile a réussi à éteindre définitivement 108 feux, tandis que 20 autres restaient sous surveillance afin d’éviter toute reprise. Les opérations se poursuivent encore sur 19 incendies actifs.
Plusieurs wilayas touchées
Les incendies ont particulièrement affecté les wilayas de Béjaïa, Blida, Bouira, Skikda, Boumerdès, Tlemcen, Saïda, Annaba, Médéa, Souk Ahras, Guelma et AïnDefla.
À Béjaïa, les flammes continuent de progresser dans les communes de Chemini, Akfadou et Ouzellaguène, où les moyens aériens et terrestres restent mobilisés. Dix familles, soit une quarantaine de personnes, ont été évacuées à titre préventif.
Dans la wilaya de Blida, les opérations se poursuivent notamment à Bouinan, Hammam Melouane et OuledYaïch. Environ 200 familles, représentant près de 1 000 personnes, ont été évacuées afin d’assurer leur sécurité.
Bouira demeure également sous pression. Les secours interviennent dans la commune de Maâla, avec l’appui de moyens aériens. Trente-neuf familles ont été évacuées et 19 personnes ont été hospitalisées, dont quatre souffrant de brûlures légères, treize victimes d’inhalation de fumées et une personne présentant des fractures.
À Souk Ahras, les incendies ont provoqué la destruction totale de 12 habitations, la mort de 50 chèvres et l’évacuation de quatre familles sinistrées.
Des interventions de grande ampleur sont également menées dans les wilayas de Skikda, Tlemcen, Saïda, Annaba, Médéa et Boumerdès, où plusieurs dizaines de familles ont été déplacées temporairement à mesure que les flammes s’approchaient des zones habitées.
Evacuations préventives dans plusieurs régions
Face à la progression rapide des incendies, les autorités ont procédé à de nombreuses évacuations préventives. À Béjaïa, deux villages et une centaine d’habitants ont été mis à l’abri. À Blida, près de 200 personnes ont quitté temporairement leur domicile. D’autres évacuations ont concerné Skikda, Boumerdès, Guelma, Bouira ainsi que plusieurs localités d’AïnDefla, où un incendie continue de menacer directement des habitations et des biens.
Parallèlement, plusieurs foyers désormais maîtrisés restent placés sous surveillance permanente dans les wilayas de Béjaïa, TiziOuzou, Tlemcen, Médéa, Mascara, Bordj Bou Arréridj, Boumerdès, Skikda, Blida et Bouira afin de prévenir toute reprise des flammes.
Une canicule qui aggrave le risque
Cette recrudescence des incendies intervient dans un contexte de forte vague de chaleur qui devrait se poursuivre jusqu’à demain, selon les services météorologiques, avec des températures pouvant atteindre ou dépasser 48 °C dans plusieurs régions.
Depuis plusieurs années, l’Algérie est confrontée à des épisodes de sécheresse de plus en plus marqués et à une hausse durable des températures, des conditions qui favorisent la multiplication des incendies de forêt. Les feux meurtriers enregistrés ces dernières années ont causé la mort de dizaines de personnes, détruit des milliers d’hectares de couvert forestier et entraîné d’importants dégâts matériels.
Les autorités poursuivent actuellement leurs opérations de lutte contre les incendies, mobilisant l’ensemble des moyens terrestres et aériens disponibles afin de contenir la propagation des flammes et de protéger les populations ainsi que les infrastructures menacées.
Pour rappel, la Banque mondiale a souligné, dans un rapport intitulé «Des forêts en flammes aux paysages résilients : l’Algérie face au défi des incendies», que les incendies de forêt sont désormais considérés en Algérie comme un véritable enjeu de développement, nécessitant une approche globale fondée sur l’anticipation, la résilience et la gestion durable des ressources forestières.
La Banque mondiale met en avant les réformes engagées par les autorités, notamment l’adoption de la nouvelle loi sur les forêts en 2023 et du cadre législatif relatif à la prévention des risques majeurs en 2024. Ces textes traduisent, selon le rapport, une évolution vers une politique privilégiant la prévention et la préparation plutôt que la seule gestion de l’urgence.
I. Khermane
