Il fut un temps où Saïd Sadi pouvait se présenter comme un homme debout, franc-parleur, un acteur politique aux convictions fermes. Aujourd’hui, il se retrouve enfermé dans un discours où la victimisation tient lieu de programme, où les fissures deviennent des murs, et où la région devient un paravent pour cacher un échec personnel flagrant.
Comment en est-il arrivé là ?
La réponse pourrait se trouver moins dans l’histoire de l’Algérie que dans celle de Saïd Sadi lui-même.
Un psychiatre dirait : «Le patient vit avec l’angoisse permanente de perdre ses acquis matériels et symboliques. Il développe alors une adaptation stratégique où la cause devient un alibi pour protéger son confort.»
Ses réseaux, ses biens, ses cercles parisiens ou marseillais deviennent une géographie affective plus importante que sa propre terre d’origine. Ce n’est plus la conviction qui guide, mais la peur de tout perdre.
Le syndrome du «dernier combat». Chez certains anciens leaders, le dernier combat n’est plus pour les idées, mais pour leur propre image.
Comme l’explique un clinicien : «À ce stade, l’ego ne se bat plus pour la vérité, mais contre l’oubli. Il réécrit l’histoire pour s’y donner un rôle central, quitte à déformer la réalité.»
Le psychiatre parlerait d’une «compulsion de justification» : ce besoin irrépressible de prouver qu’on avait raison, même en fabriquant un récit où tout est prétexte à valider cette certitude.
Pendant des années, Sadi fut l’exemple d’un engagement pacifique et structuré. Aujourd’hui, il est l’exemple inverse.
Un psychiatre noterait : «Le glissement du modèle vers le contre-modèle se produit lorsque le sujet croit encore agir pour le bien commun, alors que ses actes ne servent plus que sa propre légende.»
C’est le paradoxe tragique : vouloir incarner la résistance et devenir, malgré soi ou volontairement, un relais de la division.
Une cécité sélective : voir très bien les fautes de ses adversaires, mais refuser obstinément de voir celles de ses alliés ou de sa propre mouvance.
En niant les dérives réelles de certains groupes séparatistes et en minimisant leurs intentions, Sadi n’éclaire pas la Kabylie : il l’expose.
«Dans ce type de déni, écrivait le Dr Viktor Frankl, le patient ne protège pas la cause qu’il invoque : il s’en sert comme d’un bouclier pour sa propre vulnérabilité.»
Ainsi, Saïd Sadi n’est pas tombé par accident dans la serpillière du Le Point. Il s’est laissé guider par ses peurs, ses intérêts, et par l’ivresse d’une parole qui flatte plus qu’elle ne construit.
Le sujet, jadis thérapeute des blessures identitaires, est devenu le malade de son propre récit.
Il doit savoir que ce chemin ne mène pas à la grandeur.
Il mène à l’isolement, à la perte d’honorabilité, et au rôle ingrat du «bon exemple devenu mauvais exemple». Devenu mauvais, tout court.
Et dans l’histoire politique algérienne, cette chute restera comme un avertissement: on ne trahit pas l’unité pour sauver son confort.
Samir Mehalla
