Dans la nuit du 21 au 22 juin, les États-Unis ont bombardé trois sites nucléaires iraniens (Fordo, Natanz et Ispahan), marquant leur entrée directe dans le conflit ouvert entre Israël et l’Iran le début juin.
Synthèse de Samir MÉHALLA
Une opération présentée comme un «succès militaire spectaculaire» par le président américain, mais qualifié d’acte barbare par Téhéran. Alors que la région retient son souffle, cette escalade sans précédent menace d’embraser le Golfe, déstabiliser l’Asie et bouleverser l’ordre mondial.
Fordo, cible prioritaire : Enfoui sous 90 mètres de roche, ce site névralgique a été visé par des bombes GBU-57 bunker buster de 13 tonnes – les seules munitions capables de percer à une telle profondeur. Transportées par des bombardiers furtifs B-2 Spirit dépêchés depuis les États-Unis, elles illustrent la supériorité technologique américaine.
«Détruire la capacité d’enrichissement nucléaire iranienne», selon Donald Trump. Les frappes sur Ispahan (conversion d’uranium) et Natanz (centrifugeuses) complètent cette stratégie de neutralisation du programme atomique.
L’opération intervient après une semaine de frappes israéliennes ayant «préparé le terrain». Trump agi sans l’aval du Congrès, suscitant des accusations de violation constitutionnelle de la part des démocrates.
«Rappelez-vous qu’il reste de nombreuses cibles […] Si la paix ne vient pas rapidement, nous les viserons.» — Donald Trump, dans son intervention à la nation.
Réactions iraniennes : la promesse de représailles «hors de l’entendement»
- Ripostes asymétriques immédiates :
– Fermeture du détroit d’Ormuz : Point de passage de 30 % du pétrole mondial, ce goulot stratégique pourrait être bloqué par Téhéran, selon plusieurs experts. Une menace crédible qui ferait flamber le cours de l’or noir.
– Activation des proxys : Le Hezbollah libanais, les Houthis yéménites et les milices irakiennes pourraient cibler des bases américaines ou israéliennes. Les Gardiens de la Révolution ont promis des représailles «regrettables» qui «dépassent l’entendement».
– Missiles sur l’occupant sioniste : Dès dimanche matin, Téhéran a lancé une trentaine de missiles vers l’État hébreu, confirmant sa volonté de contre-attaquer.
- Diplomatie de crise :
– Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’est envolé pour Moscou afin de rencontrer Vladimir Poutine. Objectif : voir un soutien militaire et diplomatique russe face à l’agression barbare.
– Téhéran a saisi l’ONU et l’AIEA, dénonçant une violation du droit international. L’agence atomique iranienne affirme que les frappes «n’arrêteront pas» ses activités.
- Résilience nucléaire :
Malgré les destructions, l’Iran pourrait accélérer clandestinement sa course à la bombe. «La frappe renforce leur détermination à l’arme nucléaire», prévient l’ex-ambassadeur Ryan Crocker.
Risques économiques et sécuritaires :
– Pétrole sous tension : Une fermeture d’Ormuz ferait bondir les prix du baril, menaçant l’économie mondiale. Les pays du Golfe préparent des itinéraires alternatifs.
– Déstabilisation régionale : «Personne ne peut assumer le coût d’une intervention militaire», alerte Anwar Gargash, conseiller diplomatique émirati. Les leçons de l’Irak en 2003 planent sur les décideurs.
«Les États du Golfe seraient les premiers touchés par les répercussions de la guerre.» — Hamad ben Jassim Al Thani, ancien Premier ministre qatari.
Répercussions globales : l’Asie et l’ordre mondial sous le choc
En Asie :
– Craintes énergétiques : Le Japon, la Corée du Sud et l’Inde dépendent à 70% du pétrole du Golfe. Narendra Modi a appelé Pezeshkian à la désescalade, redoutant un choc inflationniste.
– Menaces sécuritaires : Des attentats contre des intérêts américains ou israéliens en Asie du Sud-Est sont plausibles, rappelant l’attaque de Bangkok liée à l’Iran en 2012 .
Réactions internationales :
– Russie/Chine : Moscou dénonce des «actes irresponsables». Pékin critique une «erreur irakienne de 2003» et pousse pour une solution diplomatique.
– Europe divisée : La France condamne l’opération et «met tout en œuvre» pour évacuer ses ressortissants. Le pape Léon XIV implore : «L’humanité crie et réclame la paix».
Scénarios cauchemardesques : ce que redoutent les experts
- Escalade incontrôlable :
– Les représailles iraniennes pourraient pousser les États-Unis à cibler les dirigeants ou les bases militaires, enclenchant un cycle de violence. Trump a déjà menacé : «Nous visons d’autres objectifs».
– «C’est plus facile de commencer une guerre que de la finir», résumé Ian Bremmer (Eurasia Group) .
- Prolifération nucléaire régionale :
– L’Arabie saoudite et la Turquie pourraient accélérer leurs programmes nucléaires civils, alimentant une course aux armements.
- Crise humanitaire :
– Plus de 500 civils iraniens tués selon Téhéran, des dizaines de morts israéliens. Le CICR a mis en garde contre une «guerre aux conséquences irréversibles».
«Bombarder Fordo ne sera pas le dernier acte de ce conflit».
Alors que des négociations USA-Iran devaient s’ouvrir à Oman le 15 juin, les frappes ont torpillé tout dialogue. Téhéran refuse désormais de parler «sous les bombes». Pourtant, les pays du Golfe insistent :
– Oman et le Qatar tentent une médiation d’urgence, soutenus par la Russie.
– L’ONU impuissante : Antonio Guterres appelle à la retenue mais l’agence atomique (AIEA) n’a détecté «aucune augmentation des radiations» – une maigre consolation face à la crise.
En frappant l’Iran, Donald Trump a réalisé ce que ses précédents (Bush, Obama, Biden) avaient évité. Mais ce «coup militaire» pourrait se révéler un piège géopolitique :
– Pour les États-Unis : Risque d’enlisement dans une guerre asymétrique face aux proxys iraniens, et fractures politiques internes.
– Pour la région : Menace d’embrasement généralisé, avec des régimes pro-occidentaux (Jordanie, Égypte) sous pression.
– Pour le monde : Crise énergétique, inflation et paralysie du Conseil de sécurité de l’ONU.
Comme le résumé Karim Sadjad pour (Carnegie Endowment) : «Ceci ouvre un nouveau chapitre de la guerre de 46 ans entre l’Iran et les États-Unis, bien plus qu’il ne le conclut». Dans un Moyen-Orient déjà ravagé par les conflits, l’espoir repose désormais sur les médiateurs – à Oman, Moscou ou Doha – pour empêcher l’irréparable.
S.M.