Ces dernières semaines, l’Algérie est confrontée à une recrudescence alarmante de la violence dans l’espace public. Des scènes d’agressions filmées, des vols brutaux et des actes criminels diffusés sur les réseaux sociaux ont semé l’émoi dans l’opinion publique.
Des rues d’Aïn Fekroun aux plages de Tipasa, les images chocs se multiplient et soulèvent une question majeure : la criminalité est-elle en train de changer de visage en Algérie ? L’une des scènes de violence les plus marquantes est survenue à Aïn Fekroun, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi. Une vidéo largement partagée sur Facebook montre deux jeunes agressant violemment un homme âgé à l’arme blanche, le rouant de coups tout en proférant des insultes. La victime, le visage en sang, hurle de douleur sous les regards passifs de plusieurs témoins. Autre scène inhabituelle et choquante, à l’ouest d’Alger: sur la plage d’El Beldj à Tipasa, une bande organisée munie d’armes blanches a semé la terreur parmi les estivants et les familles. Intimidations et violences : les assaillants ont profité de l’absence de surveillance pour imposer leur loi. Un phénomène qui, selon plusieurs témoignages, ne serait pas isolé cet été. Interrogé sur cette recrudescence d’actes violents dans les espaces publics, l’avocat, Farouk Ksentini, apporte un éclairage à la fois juridique et sociétal sur la situation. Il a indiqué à Crésus que «les dispositions juridiques en vigueur font face sérieusement à ces violences physiques, notamment à travers des lois spécifiques sur la violence urbaine et des quartiers». Il précise que «le législateur a pris des mesures adaptées, notamment à la suite des relogements massifs dans de nouvelles cités, qui ont parfois engendré des tensions sociales.»
Un cadre juridique insuffisant… mais à renforcer
Sur le plan législatif, maître Ksentini estime que les outils juridiques existent déjà pour lutter efficacement contre ce phénomène. «Le législateur a durci la législation sur le port d’armes blanches et renforcé les sanctions contre les violences de groupe dans les quartiers. À mon avis, le cadre est clair, répressif et adapté», estime notre interlocuteur. Cependant, il insiste sur le fait que la seule réponse juridique ne suffira pas. «Il faut accompagner cet arsenal juridique par des politiques sociales, éducatives et préventives. L’école, la mosquée, la famille, tous ont un rôle à jouer pour inculquer aux jeunes que la violence n’est pas une solution», a relevé l’ancien président de l’ex-Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l’homme (CNCPPDH). Selon lui, les facteurs sont nombreux, mais le chômage est central. «Beaucoup de jeunes qui se livrent à la violence ne sont ni à l’école ni au travail. Ils sont désœuvrés, sans perspectives, et souvent sous l’emprise de psychotropes», relève Ksentini.
La passivité est répréhensible
La vidéo de l’agression à Aïn Fekroun a également soulevé un autre débat : celui de la passivité des témoins. L’avocat rappelle que la loi algérienne protège les personnes qui interviennent pour secourir une victime, et peut sanctionner celles qui s’abstiennent volontairement de le faire. «Si l’intervention n’expose pas la personne à un danger, alors son inaction peut être juridiquement répréhensible au titre de la non-assistance à personne en danger», souligne l’avocat. Pour Farouk Ksentini, l’État n’est pas resté inactif face à cette montée de la violence. «Il a pris des mesures législatives, il a une police compétente. Mais il faut désormais renforcer les moyens humains et matériels pour juguler le phénomène», assure-t-il non sans insister sur le fait que «ce n’est pas un problème spécifique à l’Algérie». « D’autres pays en souffrent. Mais chez nous, il a pris une ampleur nationale qu’il faut traiter avec sérieux», ajoute Farouk Ksentini. Alors que les citoyens réclament plus de méthodes de dissuasion, l’avocat insiste: «Le droit à la sécurité fait partie des droits de l’Homme. Il faut agir à tous les niveaux pour le garantir.»
Islam K.
