Au-delà de son caractère officiel, cette visite, la première d’un pape en Algérie depuis l’indépendance du pays, marquera également le retour en force de saint Augustin.
Parmi les événements mondiaux marquants de cette nouvelle année, la visite prochaine du pape Léon XIV en Algérie devrait représenter un tournant décisif pour le pays. Pour l’heure, ni la date ni le programme exact de la visite ne sont confirmés. Cependant, selon certaines sources, la visite officielle du pape pourrait avoir lieu au cours du premier semestre 2026. Ce sera un moment historique, une première pour le pays, et un événement suivi de près par les médias internationaux.
L’Algérie sera sous les projecteurs du monde entier, ce qui lui apportera une visibilité diplomatique accrue, après deux années intenses au Conseil de sécurité de l’ONU. En termes de gains diplomatiques, l’Algérie en ressortira probablement gagnante.
Au-delà de son caractère officiel, cette visite, la première d’un pape en Algérie depuis l’indépendance du pays, marquera également le retour en force de saint Augustin.
Né à Souk-Ahras (anciennement Thagaste), Augustin, auteur d’une œuvre théologique monumentale, a été évêque d’Annaba (Hippone) de 395 à 430. L’Algérie, notamment à travers deux grands colloques internationaux en 2001 et 2016, s’est récemment réappropriée l’héritage de ce théologien chrétien. L’annonce de la visite de Léon XIV a été faite par lui-même le 2 décembre 2025, dans l’avion du retour de son voyage au Liban.
Une Visite Marquante
Malgré le caractère historique de cet événement — aucun pape ne s’y étant rendu auparavant —, l’information suscite une certaine réserve dans le pays. « Je souhaite aller en Algérie pour visiter les lieux qui ont marqué la vie de saint Augustin », a déclaré Léon XIV. De plus, « la figure de saint Augustin aide beaucoup à jeter des ponts, car en Algérie, il est très respecté en tant que fils de la patrie », a ajouté le pape.
Même si Léon XIV n’a pas évoqué cette dimension devant les journalistes, son déplacement revêt également une signification particulière : il a été élu pape le 8 mai 2025, jour de la mémoire des moines de Tibhirine. L’année 2026 marquera d’ailleurs le 30e anniversaire de leur enlèvement et de leur martyre. Ce voyage aura ainsi aussi une dimension de pèlerinage personnel — à peine élu pape, il s’était présenté lui-même au balcon de Saint-Pierre, le 8 mai 2025, comme un « fils de saint Augustin ». Il a pour objectif, selon lui, de « poursuivre le dialogue et créer des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman ». Ce choix dessine déjà certaines priorités du pontificat de Léon XIV, qui réfute le « clash des civilisations » proclamé par les populismes à travers le monde.
Le projet de ce voyage a été rapidement mis en place. « Je lui ai proposé de venir en Algérie dès le jour de son élection », raconte l’archevêque d’Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco. « Le pape m’a répondu qu’il viendrait s’il était invité », poursuit le dominicain. « Pour les Algériens, c’est une grande fierté d’accueillir Léon XIV. Jamais aucun pape n’est venu en visite en Algérie », souligne Jean-Paul Vesco. Selon le cardinal franco-algérien, saint Augustin fait partie intégrante du patrimoine culturel du pays, un point que Léon XIV a mentionné lors de son entretien dans l’avion, début décembre. Le pape présentait le célèbre Père de l’Église comme un pont, reconnu en Algérie comme « fils de la patrie ».
En juillet 2025, lors de sa visite officielle en Italie, le président Tebboune a été reçu au Vatican par Léon XIV, auquel il a transmis une invitation. Le président Tebboune a offert au pape un rameau de l’olivier de saint Augustin, un arbre trois fois millénaire sous lequel l’évêque d’Hippone passait de longs moments de méditation et de prière.
Les préparatifs de la visite du pape en Algérie avancent à grands pas. Léon XIV visitera notamment Annaba, après Alger, où se trouve la basilique Saint-Augustin, ou « Lalla Bouna », comme l’appellent les Annabis.
M.T.
