La question de la pollution transfrontalière et de la menace toxique pesant sur les fleuves et oueds de l’ouest de l’Algérie fait l’objet d’alertes majeures.
Plus de 400 unités industrielles installées dans la région marocaine d’Oujda déversent chaque jour leurs produits polluants sur les barrages de l’ouest du pays. Cette situation inquiète beaucoup les pouvoirs publics, car cette pollution métallique (contenant notamment des traces de cadmium) impacte de plein fouet l’écosystème local, ayant déjà provoqué de fortes mortalités de poissons et menaçant l’irrigation de milliers d’hectares de terres agricoles.
Le cadmium est un métal lourd toxique, cumulatif et persistant dans l’organisme (avec une demi-vie de 10 à 30 ans dans les reins). Il est principalement absorbé via l’alimentation (céréales, pommes de terre, abats, fruits de mer) et le tabac. Les principaux effets toxiques sur la santé sont les reins constituent la cible principale du cadmium. Son accumulation à long terme provoque des lésions tubulaires, une maladie rénale chronique et une insuffisance rénale.
Le cadmium perturbe le métabolisme du calcium et de la vitamine D. Il favorise la déminéralisation des os, l’ostéoporose et un risque accru de fractures. Après l’absorption, il s’accumule aussi dans le foie, pouvant mener à des insuffisances hépatiques ou cardiaques. Cette problématique environnementale et sanitaire a été officiellement exposée lors de la «Conférence internationale sur la protection des cours d’eau transfrontaliers et la prévention de la pollution environnementale» (IC-TWEP 2026), qui s’est tenue à l’Université de Tlemcen du 26 au 28 octobre 2026.
De graves répercussions sur des milliers d’agriculteurs
Une projection d’un film vidéo consacré aux risques majeurs de pollution qui ont touché l’oued Moulouya et le barrage de Boughrara, situés le long de la frontière algéro-marocaine ont été le point culminant de ce colloque. Selon les éléments présentés, les déchets provenant de ces unités industrielles d’Oujda les ont transformés en marécages, avec de graves répercussions sur des milliers d’agriculteurs.
Les concentrations de substances chimiques auraient dépassé 400 fois les normes internationales reconnues. Le barrage d’Abadla, l’un des plus connus de la wilaya de Béchar, n’a pas non plus été épargné par les conséquences environnementales, après l’assèchement des eaux souterraines.
La pollution du barrage de Hammam Boughrara, suscite des préoccupations autour des rejets susceptibles de provenir de la région marocaine d’Oujda. Ce cours d’eau transfrontalier prend sa source au Maroc et transporte les effluents toxiques directement vers le barrage algérien de Hammam Boughrara.
Plus au nord, les rejets d’eaux usées non traitées via l’oued Kiss polluent périodiquement les zones côtières frontalières, notamment la plage de Marsa Ben M’hidi. En effet, des travaux scientifiques sur l’oued Mouilah apportent des éléments sur la dégradation de la qualité de l’eau, tandis que les responsabilités précises restent à établir. La qualité des eaux du barrage de Hammam Boughrara est au cœur des préoccupations environnementales.
Cependant, leur présence dans cette région ne suffit pas à établir la responsabilité individuelle de chacune dans la contamination des eaux. En effet, le problème concerne notamment l’oued Mouilah, un cours d’eau transfrontalier qui relie les enjeux hydriques des deux pays et qui prend sa source du côté marocain, traverse la région frontalière avant de rejoindre le réseau hydrographique algérien.
Danger sur l’eau potable
Ainsi, ses eaux contribuent à la problématique de pollution du barrage de Hammam Boughrara, utilisé notamment pour l’alimentation en eau potable et l’irrigation. Dans son étude consacrée à la pollution frontalière et à ses effets sur le barrage, le Dr Lotfi Benadda, de l’Université de Tlemcen, a analysé des données physico-chimiques recueillies entre 2009 et 2019.
Et les résultats mettent en évidence une dégradation importante de la qualité des eaux de l’oued Mouilah, notamment à travers des concentrations élevées de matières organiques et de nutriments. Par ailleurs, les observations de terrain signalent des déchets accumulés dans le lit du cours d’eau, des mousses, des eaux troubles et des effluents colorés à proximité de certaines installations industrielles dans la région d’Oujda.
Les rejets d’eaux usées urbaines, les effluents industriels et les pollutions agricoles figurent parmi les sources potentielles identifiées. Néanmoins, l’étude prend également en compte les pressions exercées du côté algérien, notamment dans le bassin de Maghnia.
H. Adryen
