À Alger, Boumerdès et dans plusieurs autres zones côtières, des estivants dénoncent l’occupation excessive de certains espaces par des plagistes, ainsi que la hausse des tarifs de location qui transforme parfois une journée à la mer en une dépense difficile à supporter pour de nombreuses familles.
Présentée chaque année comme un acquis fondamental pour les citoyens, la gratuité d’accès aux plages demeure, sur le terrain, un principe largement remis en question.
Malgré les déclarations officielles des responsables et les campagnes de communication menées à l’approche de chaque saison estivale, de nombreux estivants dénoncent une réalité bien différente, marquée par l’occupation abusive de certains espaces balnéaires.
Communément appelés « plagistes », certains jeunes proposant des services de location de parasols, tables et chaises sont accusés par des citoyens de dépasser leurs prérogatives en s’appropriant des portions entières du littoral. Une situation qui transforme parfois des espaces publics de détente en zones commerciales où l’accès à un simple emplacement devient payant.
L’absence d’un encadrement strict et d’un contrôle efficace sur l’activité des plagistes est régulièrement pointée du doigt. Pour de nombreux estivants, cette situation porte atteinte au principe même d’accès libre aux plages et pénalise particulièrement les familles aux revenus modestes.
Des espaces publics transformés en zones commerciales
Une tournée effectuée dans plusieurs plages d’Alger et de Boumerdès révèle que la gratuité annoncée peine encore à se concrétiser pleinement. Plusieurs citoyens rencontrés sur place estiment que certains exploitants saisonniers se comportent comme de véritables propriétaires des lieux.
« Ils ont le droit de proposer des services, mais ils ne peuvent pas occuper toute la plage et empêcher les citoyens d’installer leur propre matériel », dénoncent des estivants.
À la plage Dzira, située à Zemmouri El Bahri, des tensions ont même éclaté entre des familles souhaitant installer leurs propres parasols et des plagistes refusant de libérer l’espace occupé par leur équipement.
«Nous ne sommes pas obligés de louer vos parasols et vos tables. La plage appartient à tout le monde», ont protesté certains estivants, provoquant une vive discussion qui a failli dégénérer avant l’intervention d’autres personnes présentes sur les lieux.
Après cet incident, plusieurs familles ont dû se contenter d’espaces réduits pour installer leurs propres équipements.
«À chaque sortie à la plage, il faut prévoir près de 1 500 dinars uniquement pour la location d’une table et de parasols. Avec les autres dépenses, cela devient difficile», déplorent des citoyens.
Tarifs en hausse et accès de plus en plus coûteux
Au-delà de la question de l’occupation des espaces, les prix pratiqués par certains plagistes suscitent également des critiques. Cette saison, les tarifs affichés auraient connu une hausse par rapport à l’année précédente.
La location d’un parasol, d’une table et de deux chaises oscille entre 1 300 et 1 500 dinars, contre environ 1 000 dinars auparavant. À cela s’ajoutent les frais de stationnement, qui peuvent atteindre 200 dinars, voire davantage dans certaines zones.
Pour de nombreux estivants, une simple journée à la plage représente désormais une dépense conséquente. Entre la location du matériel, le stationnement, la restauration et les autres frais, la facture peut rapidement dépasser les 2 500 dinars.
Certains citoyens estiment que cette situation contribue à détourner les familles des plages nationales. «Avec toutes ces dépenses, certains préfèrent consacrer leur budget à un séjour à l’étranger plutôt qu’à une journée sur le littoral», regrettent-ils.
La réalité du terrain
La question de la gestion des plages reste ainsi au cœur des préoccupations. Si l’État affirme régulièrement vouloir garantir un accès gratuit et équitable aux espaces balnéaires, les pratiques observées sur le terrain témoignent encore de nombreuses insuffisances en matière de contrôle et d’organisation.
Pour les citoyens, les plages demeurent des espaces publics qui doivent rester accessibles à tous, sans contrainte financière imposée par des activités commerciales non encadrées.
La conciliation entre l’organisation des services proposés aux estivants et la préservation du caractère public du littoral reste donc un défi majeur pour les autorités locales.
Yacine Ouffella
