Et si c’était enfin la bonne méthode pour endiguer durablement le chômage en Algérie ? Les micro-entreprises apparaissent comme un nouvel horizon pour l’emploi. Leur prolifération, notamment dans les zones rurales et les petites villes, contribue à créer de nouvelles opportunités professionnelles, à réduire les taux de chômage et à améliorer le niveau de vie. Ces unités économiques, souvent nées d’un simple savoir-faire ou d’une idée ingénieuse, fournissent des possibilités d’emploi jusque-là inaccessibles à de larges franges de la population à faible revenu ou sans activité.
Les petites entreprises sont devenues la locomotive de l’économie nationale et la clé du tarissement du chômage. La poursuite de cette politique pourrait faire reculer davantage le taux de chômage, actuellement inférieur à 10%, soit 9,7% selon les dernières statistiques de l’Office national des statistiques (ONS) publiées en octobre 2024. En vingt ans, un million de micro-entreprises ont vu le jour, générant près de deux millions d’emplois, a indiqué hier la directrice générale de l’Agence nationale de gestion du microcrédit (ANGEM), Souad Bendjemil, sur les ondes de la Chaîne III.
Depuis sa création en 2004, l’ANGEM a financé un million de projets, un bilan que Mme Bendjemil qualifie de «réussite nationale». L’agence est aujourd’hui un acteur incontournable du développement économique local, grâce à son soutien aux micro-activités et à la promotion de l’entrepreneuriat de proximité. Pour le seul premier semestre 2025, quelque 11.000 projets ont été financés, selon la même responsable.
Bendjemil a précisé que les bénéficiaires du dispositif, visibles sur la base de données de l’ANGEM, continuent d’exercer leurs activités et participent régulièrement aux salons, expositions et foires organisés par l’agence pour promouvoir leurs produits. Parmi les success stories citées, sept bénéficiaires ont exposé leurs créations à la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), tenue en septembre à Alger. Ces micro-entreprises, spécialisées dans la production d’huile d’argan, de savon naturel, de pièces de rechange et même de fruits exotiques, ont signé des contrats d’exportation d’une valeur de trois millions de dollars avec le Mali, le Niger et la Mauritanie.
L’économie verte, nouveau levier de croissance
Interrogée sur les nouvelles tendances, la DG a mis en avant la collecte des déchets plastiques, une activité en pleine expansion. «Il existe aujourd’hui une forte tendance vers l’économie verte, notamment la collecte du plastique, mais cette activité reste encore largement informelle», a-t-elle regretté. Pour y remédier, l’ANGEM a lancé une opération de financement de 1.000 collecteurs, pour l’achat de tricycles destinés à la collecte de déchets. Ces jeunes entrepreneurs bénéficieront d’une formation spécialisée sur la préservation de l’environnement, en partenariat avec le ministère de l’Environnement et de la Qualité de vie. «Nous allons aussi les orienter vers les entreprises de recyclage afin qu’ils puissent vendre leur produit, devenu une véritable matière première», a-t-elle ajouté.
Le rôle des micro et petites entreprises dans la réduction du chômage s’inscrit pleinement dans les efforts du gouvernement pour dynamiser l’économie et encourager le développement local. Le soutien à ces initiatives figure d’ailleurs parmi les priorités nationales, tant elles contribuent à renforcer la résilience économique et sociale.
Une étude du Fonds monétaire international (FMI) souligne que le microcrédit représente aujourd’hui un prêt sur sept dans le monde. En Algérie, le financement des micro-entreprises repose sur plusieurs dispositifs, notamment le microcrédit géré par l’ANGEM et le Crédit populaire d’Algérie (CPA), ainsi que l’appui des agences comme l’ANSEJ et la CNAC. Ces programmes combinent prêts, accompagnement à la création d’activité et avantages fiscaux.
L’ANGEM, par exemple, propose un microcrédit complété par un prêt bancaire à moyen terme, avec un apport personnel symbolique de 1 % du coût total du projet. Ce mécanisme, destiné aux personnes sans revenus ou disposant de ressources modestes, permet de lancer une activité, même à domicile. Le montage financier type repose sur un apport personnel de 1 %, un prêt non rémunéré de l’ANGEM équivalant à 29 % et un crédit bancaire à moyen terme couvrant jusqu’à 70 %. Pour en bénéficier, il faut obtenir une décision d’éligibilité de l’agence, justifier d’un savoir-faire et d’un apport minimal.
Ainsi, au fil des années, le microcrédit a prouvé qu’il n’était pas seulement un outil de financement, mais aussi un levier de dignité, d’autonomie et de transformation sociale.
M.T.
