Les deux présidents auront ainsi une autre opportunité d’échanger sur les voies et moyens de dépasser cette crise qui envenime les relations bilatérales depuis juillet dernier.
Selon le patron de CMA CGM, Rodolphe Saadé, qui a récemment séjourné en Algérie et reçu par le chef de l’Etat, un entretien téléphonique entre le président Macron et le président Tebboune est attendu le jour de la fête de l’Aïd El Adha. Le président français, en plus de présenter ses vœux, aura l’occasion de discuter avec le chef de l’Etat des derniers développements enregistrés entre les deux pays marqués par une crise politique sans précédent. Les deux présidents qui s’estiment mutuellement auront ainsi une autre opportunité d’échanger sur les voies et moyens de dépasser cette crise qui envenime les relations bilatérales depuis juillet dernier. Le conflit s’est envenimé avec des expulsions en cascade de part et d’autre. Cependant, les relations se dégradent depuis des mois.
Les observateurs ont décrit la crise comme étant sans précédent depuis que l’Algérie a obtenu son indépendance de la France en 1962. On espérait que les tensions s’apaisent après que le ministre français des Affaires étrangères se soit entretenu avec le président Tebboune à Alger au début du mois. Les deux pays se sont mutuellement rejeté la responsabilité de ce que Paris a qualifié de «détérioration soudaine de nos relations bilatérales». Malgré cette tension extrême, le Quai d’Orsay a rappelé les engagements pris par les deux chefs d’État : «Je vous rappelle que si on revient quelques semaines en arrière, il y avait eu un dialogue entre le président de la République et le président Tebboune où il avait été décidé que nous devions reprendre la voie du dialogue sur l’ensemble des coopérations que nous avons entre la France et l’Algérie. Nous sommes toujours animés par l’idée que c’est dans l’intérêt de la France et de l’Algérie que d’avoir une relation fondée sur le dialogue. C’est le souhait de la France, mais qui a toujours été assez constant, c’est de pouvoir justement avoir un dialogue avec l’Algérie sur les différents points qui composent notre relation bilatérale, y compris sur les points qui peuvent sembler problématiques ou difficiles», a-t-on ajouté du côté français. Le 31 mars dernier, à l’occasion de la fête de l’Aïd El Fitr, le président Tebboune a reçu, un appel téléphonique de Macron et lors duquel ils sont convenus de la reprise sans délai de la coopération sécuritaire entre les deux pays et du travail de la commission mixte des historiens. Les deux Présidents ont eu un long échange franc et amical sur l’état de la relation bilatérale et sur les tensions qui se sont accumulées ces derniers mois. A cet égard, les deux Présidents ont réitéré leur volonté de renouer le dialogue fructueux qu’ils avaient consacré avec la Déclaration d’Alger d’août 2022 et qui s’était traduit par des gestes forts en matière mémorielle, notamment la création de la commission mixte des historiens franco-algériens, la restitution de restes humains des chouhada de la Résistance et la reconnaissance de la responsabilité dans la mort d’Ali Boumendjel et de Larbi Ben M’hidi.
Les deux Présidents sont convenus que la force des liens-en particulier humains- unissant l’Algérie et la France, les intérêts stratégiques et de sécurité respectifs des deux pays, les défis et crises auxquels l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique étaient confrontées exigeaient le retour à ce dialogue d’égal à égal entre deux partenaires qui constituent des acteurs européen et africain de premier plan et qui sont attachés à la légalité internationale, ainsi qu’aux buts et principes édictés par la Charte des Nations unies. Ils sont convenus de «travailler étroitement ensemble» pour donner à cette relation une «nouvelle ambition» dans cet esprit d’amitié, permettant de «traiter l’ensemble des aspects de la relation bilatérale» dans un souci d’efficacité et de résultats. Ainsi, ajoute la même source, les deux Présidents sont convenus de la reprise sans délai de la coopération sécuritaire. Les deux Présidents se sont accordés sur le fait qu’«une coopération migratoire confiante, fluide et efficace» permettant de traiter de toutes les dimensions de la mobilité entre les deux pays devait être immédiatement réinitiée, dans une logique de résultats répondant aux préoccupations des deux pays. Tout en saluant l’œuvre déjà accomplie par la commission mixte des historiens, créée à leur initiative, les deux Présidents ont marqué leur détermination intacte à «poursuivre et finaliser ce travail de mémoire», dans l’esprit d’apaisement, de réconciliation, et de refondation de la relation à laquelle les deux chefs d’Etats sont attachés. Aussi, la commission mixte des historiens reprendra sans délai son travail et se réunira prochainement en France, les conclusions de ses travaux et ses propositions concrètes seront remises aux deux chefs d’Etat avant l’été 2025. Lors de cet entretien téléphonique, l’ «importance de la coopération judiciaire» entre les deux pays a été soulignée et les deux Présidents sont convenus de la «reprise des échanges et de la coopération».
Par ailleurs, les deux Présidents ont souligné l’«importance de développer la coopération économique» entre les deux pays dans les domaines d’avenir et au «renforcement des échanges et des investissements» dans le respect des intérêts des deux pays. Le président Macron a fait part au président Tebboune de l’appui de la France à la révision de l’Accord d’association Union européenne-Algérie. Les deux Présidents ont enfin «arrêté le principe d’une rencontre prochaine», conclut le communiqué de la Présidence de la République.
Mahmoud tadjer
