Dans un entretien publié par Marianne (numéro du 18 au 24 septembre 2025), la politologue Asma Méhalla analyse la réélection de Donald Trump et les dynamiques de pouvoir qui en découlent. Elle y voit l’émergence d’un «techno-fascisme du XXIᵉ siècle», nourri par l’alliance entre une frange technocratique issue de la Silicon Valley et un populisme autoritaire.
Méhalla souligne que Trump s’appuie sur trois colères principales :
– Celle de la classe moyenne envers l’État bureaucratique
– Celle des conservateurs qui défendent un America first
– Et celle des anti-élites visant juges, experts et fonctionnaires.
Selon elle, cette conjonction alimente un système totalitaire inédit, mêlant autoritarisme politique et capitalisme numérique. Silicon Valley ne se contente plus de fournir des outils : ses «gourous» participent à la construction d’un pouvoir technologique qui capte l’attention, structure la connaissance et fragilise la souveraineté des États.
Interrogée sur le rôle de l’Europe, Méhalla pointe sa faiblesse structurelle, héritée de décennies de dépendance militaire et technologique vis-à-vis des États-Unis. Elle estime que l’UE n’a pas su incarner un récit mobilisateur face au modèle américain, chinois ou russe.
Enfin, l’article met en lumière le risque d’un nouvel âge du politique, où l’idéologie du «technofascisme» infiltre les démocraties, privatise la souveraineté et érige les grandes entreprises technologiques en véritables législateurs du monde.
R.C.
