Le président de la commission de la santé, des affaires sociales, du travail et de la sécurité sociale du Conseil de la nation, Habib Douagui, a annoncé la création d’un programme national de greffe d’organes.
Ce programme intégrera les aspects religieux, juridiques et médicaux, avec la mise en place d’une carte nationale du donneur et d’un registre des donneurs.
S’exprimant en marge de la journée parlementaire organisée par la Chambre haute du Parlement, consacrée à la greffe d’organes, Douagui a expliqué que ce plan vise à structurer et développer la greffe d’organes dans le pays, à améliorer l’accès aux soins pour tous les patients concernés et à organiser une prise en charge globale et coordonnée, tout en respectant les normes éthiques et religieuses.
La rencontre a réuni plusieurs spécialistes, médecins et experts en chirurgie et en greffe d’organes. Cet événement a offert un cadre unique pour échanger sur la situation actuelle de la greffe en Algérie, les défis à relever et les perspectives de développement d’un programme national structuré.
L’éclairage religieux et juridique
La dimension religieuse a été abordée par le professeur Saïd Bouizri, membre du
Haut-Conseil islamique, qui a présenté une communication intitulée «Les règles religieuses encadrant la transplantation des organes humains». Il a souligné que l’Islam ne s’oppose ni au don ni à la greffe d’organes, qui s’inscrivent pleinement dans les objectifs de la charia visant à préserver la vie humaine, tout en respectant la dignité de la personne, qu’elle soit vivante ou décédée.
Le Dr Merouak Nacer Eddine, représentant du ministère de la Justice, a, pour sa part, expliqué que la relation juridique autour de la greffe est tripartite, impliquant le médecin chirurgien, le patient et le donneur. Selon lui, chaque partie doit respecter des conditions strictes afin que l’opération soit conforme à la loi et protège à la fois la santé publique et les droits des individus.
Des besoins urgents et un programme limité
Malgré la création en 2012 de l’Agence nationale de la greffe d’organes, le nombre d’interventions réalisées reste très limité. Selon le professeur Tahar Rayane, le programme annuel ne dépasse pas 300 greffes, un nombre largement insuffisant pour répondre aux besoins des patients souffrant d’insuffisance rénale, estimés à environ 30 000 cas, générant des coûts annuels de près de 600 millions de dollars. Pour remédier à cette situation, il a proposé la création d’un registre national de transplantation rénale afin de garantir une répartition équitable des organes.
Le professeur Karim Boudjemaâ, spécialiste en transplantation hépatique, a insisté sur l’urgence de développer la greffe du foie, expliquant que de nombreux patients nécessitent une transplantation vitale.
«Certains ont la chance d’être pris en charge, d’autres doivent financer eux-mêmes des greffes à l’étranger, ce qui est extrêmement coûteux et souvent inefficace. Il est indispensable que l’Algérie dispose d’une activité nationale de transplantation sécurisée et accessible», a-t-il déclaré. Il a précisé que le pays dispose des compétences médicales nécessaires, mais que l’absence de moyens organisationnels structurés limite la mise en place d’un programme régulier et sécurisé pour tous les patients.
Instauration de la carte nationale du donneur
Le programme national annoncé par Douagui prévoit la mise en place d’une carte nationale du donneur ainsi qu’un registre des donneurs, permettant de recenser les personnes volontaires et de faciliter l’organisation des greffes. Il vise également à renforcer les prérogatives de l’Agence nationale de greffe d’organes, tant en termes de ressources humaines que matérielles, afin qu’elle puisse assurer pleinement la mise en œuvre du plan national.
Le projet inclut la création de trois pôles hospitaliers spécialisés pour la greffe, ainsi que des campagnes de sensibilisation et de conscientisation auprès des citoyens pour promouvoir la culture du don d’organes et encourager les familles à participer à ce geste vital.
Progrès en greffes de moelle osseuse, hépatique et cornée
Cette journée parlementaire a également permis de présenter les avancées dans plusieurs domaines : la greffe de moelle osseuse, la greffe hépatique et la greffe de cornée, mettant en lumière les compétences locales, tout en soulignant le besoin urgent de moyens organisationnels adaptés.
Le professeur Ahmed Nacer Redouane a exposé les progrès réalisés dans la greffe de cellules souches hématopoïétiques, tandis que la professeure Nassima Benmerzouga Mahfoudi a présenté l’état des lieux et les perspectives de la greffe de cornée en Algérie.
Pôles hospitaliers régionaux spécialisés
À l’issue de cette rencontre, plusieurs recommandations pratiques ont été formulées pour améliorer le système de greffes en Algérie. Parmi les mesures proposées, la relance de l’Agence nationale de la greffe d’organes figure en bonne place. Il a été suggéré de renforcer ses prérogatives afin d’optimiser le processus de gestion des dons et des greffes à l’échelle nationale.
Une autre recommandation importante concerne la création de pôles hospitaliers régionaux spécialisés dans la transplantation, ce qui permettrait de mieux répartir les ressources et d’améliorer l’accessibilité aux soins.
Un autre aspect crucial abordé a été la mise en place d’un registre national des donneurs d’organes. Ce registre serait régi par des normes juridiques et éthiques strictes afin d’assurer la transparence et la sécurité dans le processus de don d’organes, tout en respectant les droits des donneurs et des receveurs.
En outre, le développement de la formation médicale spécialisée a été évoqué comme un impératif pour accompagner la croissance de la transplantation d’organes. Des efforts doivent être faits pour améliorer la formation des médecins et des spécialistes afin qu’ils puissent suivre les avancées scientifiques et techniques dans ce domaine.
K. Zemmouri
