Genève — Dans le cadre de la session INC-5.2 du Comité intergouvernemental négociant un traité international contraignant sur la pollution plastique, plusieurs organisations américaines, dont Black Women for Wellness, The Descendants Project et Break Free From Plastic, ont organisé une conférence de presse intitulée “The Stories We Carry: Black Voices at INC-5.2 and Beyond”.
Par Rédaction de Crésus
L’évènement visait à souligner que les communautés noires aux États-Unis sont gravement exposées aux impacts de la pollution plastique, tout au long de son cycle de vie, et pourtant largement exclues du processus de négociation de ce traité majeur.
Les porte-paroles ont dénoncé que, bien que les communautés noires soient particulièrement affectées – de l’extraction des combustibles fossiles, à la production plastique, jusqu’à l’incinération –, elles n’ont pas de représentation dans le dispositif officiel des Major Groups and Other Stakeholders (MGoS) de l’Assemblée de l’ONU pour l’environnement. Ils en appellent donc à ce que leurs voix, a priori niées, soient pleinement intégrées dans les discussions globales du traité.
Un rapport publié en début de semaine révèle que la production de plastique génère chaque année dans le monde des émissions de particules fines entraînant environ 158 000 décès prématurés. Jo Banner, cofondatrice de The Descendants Project, a dénoncé la situation dramatique de la «Cancer Alley» en Louisiane – un corridor industriel sur le fleuve Mississippi – où les conditions de santé sont alarmantes : «Notre zone est appelée Cancer Alley, mais pourrait également être nommée Asthma Alley, Anxiety Alley, Heart Attack Alley».
Symbolisme et art : un message visuel fort
À l’extérieur du Palais des Nations, Genève, l’artiste canadien Benjamin Von Wong a installé une puissante sculpture intitulée «The Thinker’s Burden», une réinterprétation du Penseur de Rodin. La figure médite, enlacée par un brin d’ADN, portant un enfant, symbolisant l’empoisonnement progressif de la planète et des générations futures par les déchets plastiques.
À mesure des jours, la sculpture se couvre de déchets plastiques, pour illustrer visuellement le fardeau croissant de l’inaction.
La session INC‑5.2 (du 5 au 14 août 2025, à Genève) est destinée à finaliser un texte juridique autour d’un traité international contraignant contre la pollution plastique, couvrant son cycle complet, de la production à l’élimination. Mais les divergences sont profondes :
Plus de 100 pays soutiennent la limitation de la production de plastique, alors que les puissances pétrolières — comme l’Arabie saoudite, la Russie, l’Iran et les États-Unis — préfèrent un accord centrant sur la gestion des déchets et le recyclage.
La pression des lobbies pétro-chimiques est massivement dénoncée : lors des négociations en cours, 234 lobbyistes de l’industrie étaient présents, dépassant les effectifs des délégations de plusieurs États et des représentants scientifiques ou autochtones.
Les organisations non gouvernementales et la société civile alertent sur le risque d’un texte affaibli. WWF demande aux États de «corriger le processus, tenir leur promesse» pour éviter un échec face à l’urgence écologique.
Alors que l’Ouganda et d’autres temps forts symboliques s’enchaînent, les négociations restent enlisées, notamment autour de l’article 5 (conception des produits), où des avancées comme l’inclusion d’une mention sur la «réutilisation non toxique» offrent quelques motifs d’espoir, selon les ONG.
La conférence de presse
Les communautés noires portent un fardeau disproportionné de la pollution plastique : elles doivent exiger une place à la table des décisions.
Exiger une reconnaissance formelle dans le dialogue international est primordial pour l’équité et l’efficacité du traité.
Visibilité symbolique «The Thinker’s Burden» transforme une négociation technique en scène sensible, rappelant les conséquences humaines de l’inaction.
À mi-parcours de la session INC-5.2, au moment où les États négocient les contours finaux du traité, affirmer la voix des communautés affectées peut peser sur l’issue.
À Genève, entre l’enceinte des négociateurs et l’art symbolique, se tient un appel à la dignité et à la reconnaissance. Les communautés noires américaines dénoncent leur invisibilité face à un fléau qui les frappe durement. Ce traité, qui pourrait devenir un tournant similaire à l’Accord de Paris pour le climat, sera d’autant plus juste et fort s’il intègre les voix de celles et ceux qui vivent la crise de plein fouet. En marge des calculs politiques et économiques, leur message résonne : #LetBlackVoicesMatter in the plastic treaty.
R.C.
