Le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Al-Manfi, a révélé avoir abordé avec le président de la République Abdelmadjid Tebboune plusieurs questions communes, notamment la lutte contre le narcotrafic dans la région.
Lors d’un entretien avec la plateforme Athir, El-Menfi a souligné la gravité du trafic de drogue dans la région. Selon lui, la Libye et l’Algérie sont toutes deux confrontées à ce phénomène, servant de points de transit et de consommation pour des réseaux transfrontaliers bien organisés.
El-Menfi a indiqué avoir discuté du sujet avec le président Tebboune, en particulier à propos d’une importante saisie réalisée récemment par les autorités algériennes. Interrogé par une journaliste de la chaîne qatarie Al-Jazeera sur la source et la nature de ces drogues, il a refusé de divulguer les détails, estimant que ces informations relevaient des discussions bilatérales et ne pouvaient être publiées isolément. Toutefois, il a laissé entendre que le phénomène est lié à des réseaux criminels transfrontaliers, profitant de la fragilité sécuritaire et bénéficiant, selon lui, du soutien d’acteurs internes.
Ces déclarations s’inscrivent dans le cadre de ce qu’il appelle «l’économie des mafias», en référence au trafic illégal partiel de carburant libyen, parallèlement à l’expansion du trafic de drogue, transformant certaines zones frontalières en routes de transit et de consommation.
Migration : une approche combinant développement et sécurité
Concernant la migration, El-Menfi a estimé que le phénomène est lié aux réseaux du crime organisé, tant en termes de routes de passage que d’infrastructures logistiques, et a souligné que la solution ne peut être purement sécuritaire. Selon lui, la vision libyenne repose sur les moyens de «contenir la migration à sa source», c’est-à-dire investir dans les pays d’origine et soutenir des projets de développement pour réduire les motivations au départ.
Les autorités libyennes ont également procédé au renvoi de migrants vers leurs pays d’origine, dans le cadre d’une approche compatible avec le modèle algérien, combinant dimension sécuritaire et mesures de développement.
El-Menfi a rappelé, lors d’une conférence tenue en Algérie, la nécessité de formuler des stratégies africaines globales pour traiter les causes profondes des crises migratoires et de la violence, et de les appliquer concrètement plutôt que de se contenter d’approches ponctuelles.
Ces déclarations montrent que la Libye prend conscience que les dossiers liés à la drogue, à la migration et au trafic sont interconnectés et se nourrissent des mêmes contextes, tels que la vulnérabilité des frontières ou l’existence de réseaux transnationaux. Elles reflètent également une coordination politique et sécuritaire entre Tripoli et Alger, même si elle reste discrète.
L’avenir de l’Union du Maghreb arabe
Concernant l’Union du Maghreb arabe (UMA), dont la Libye assure la présidence tournante, El-Menfi a reconnu que le bloc régional a souffert pendant des années de stagnation, notamment en raison du problème de remplacement du secrétaire général. Il a, cependant, insisté sur le fait que l’Union reste un cadre important au sein des organisations régionales reconnues par l’Union africaine.
Le responsable libyen a affirmé l’engagement de son pays envers ce cadre maghrébin, le considérant comme une nécessité stratégique face aux défis sécuritaires et économiques communs, notamment la lutte contre le crime organisé, la migration illicite et le renforcement de l’intégration régionale.
L’assassinat de Saïf al-Gueddafi
El-Menfi a estimé que l’assassinat de Saïf al-Gueddafi représente une attaque directe contre le processus de réconciliation nationale et une tentative de saper tout rapprochement politique entre les parties libyennes. Selon lui, le recours aux référendums et aux sondages constitue un moyen de surmonter la division politique chronique. Il a souligné que cet assassinat reflète la fragilité sécuritaire persistante et l’ampleur des défis, notamment dans les zones géographiquement ouvertes.
Synthèse Smail R.
