Le tribunal criminel d’Alger de la première instance judiciaire de Dar El Beida examinera, lors de sa prochaine session, le dossier de vingt prévenus poursuivis pour appartenance à un groupe terroriste armé opérant dans le centre du pays. Les inculpés sont accusés d’avoir cherché à déstabiliser la sécurité nationale et à semer la peur parmi la population.
Par Redouane Hannachi
Selon les éléments de l’enquête, le groupe en question opérait dans un périmètre particulièrement sensible, à cheval sur les wilayas de Boumerdès et de Tizi Ouzou, avec pour base arrière la forêt dense de Sidi Ali Bounab. Ce maquis servait de refuge et de point de repli à la cellule terroriste, dirigée par un chef redouté, Lezoul Ismaïl, plus connu sous le sobriquet de « Djallalib ». Ce dernier faisait l’objet de six mandats d’arrêt lancés par la justice algérienne avant d’être finalement abattu par les forces de sécurité lors d’une opération de ratissage. Les investigations menées par les services compétents ont permis de mettre au jour la responsabilité du groupe dans plusieurs actes criminels.
Outre le terrorisme armé, les inculpés sont accusés d’avoir assassiné de sang-froid un agent de la garde communale dans la localité d’Azazga (wilaya de Tizi-Ouzou). Le mode opératoire, marqué par l’embuscade et la préméditation, confirme, selon l’accusation, la volonté d’instaurer un climat de peur et de psychose au sein des populations rurales. Les armes saisies — fusils de type Kalachnikov et Semionov — témoignent du degré d’armement et de dangerosité du groupe. L’affaire a connu de nombreux rebondissements procéduraux. Le procès a été ajourné pas moins de quatorze fois par le tribunal criminel d’Alger, en raison de difficultés administratives et logistiques, notamment l’impossibilité à plusieurs reprises de transférer les accusés depuis les établissements pénitentiaires où ils sont détenus. À leur tête, figure Abbas Lounis, alias «Souleymane», considéré comme l’un des principaux relais de Djallalib dans la région. La cellule a progressivement perdu de sa capacité opérationnelle après la neutralisation de plusieurs de ses éléments, dont un autre cadre influent, Besbes Abdenour, alias « Abou Chouaïeb ». Ce dernier a été abattu lors d’un accrochage avec les forces de sécurité dans les maquis de Sidi Ali Bounab, affaiblissant considérablement le réseau. Cependant, avant leur démantèlement, les membres du groupe avaient semé la terreur parmi les habitants de certaines localités, notamment à Baghlia.
Les villageois étaient soumis à de fortes pressions, menacés et contraints à verser régulièrement des sommes d’argent importantes sous peine de représailles. Face à ces exactions, nombre de familles avaient été contraintes d’abandonner leurs maisons pendant de longs mois, incapables de résister à la violence et aux intimidations de la horde armée. Un autre aspect marquant du dossier est la présence, parmi les inculpés, d’anciens terroristes repentis qui avaient déjà bénéficié des mesures de clémence instaurées par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, initiée par le défunt président Abdelaziz Bouteflika. Ces individus, après avoir déposé les armes et profité de l’amnistie, ont repris contact entre eux pour reconstituer une cellule active dans le maquis. Leur retour à la clandestinité a permis la planification et l’exécution de nouvelles actions criminelles visant particulièrement les zones montagneuses des wilayas de Tizi-Ouzou, Boumerdès et Bouira.
À travers ce procès, la justice entend non seulement statuer sur le sort de vingt prévenus mais aussi adresser un signal fort quant à la lutte continue contre les résurgences terroristes.
R.H.
